Bohémien
Bohémien. Initié humain, allié des Nephilim, à qui Akhenaton a confié les secrets des Arcanes Majeurs.
(source : "Livre des Joueurs, Nephilim Révélation", glossaire)
Les Bohémiens sont le « peuple élu » des Errants : des humains roms initiés à une vérité occulte et liés à une essence magique singulière, la Brume. Là où d’autres factions structurent leur pouvoir par des ordres, des cités cachées ou des hiérarchies initiatiques, les Bohémiens s’organisent d’abord par la caravane, la famille et la route. Leur occultisme est un art du passage : traverser les frontières sociales, politiques, spirituelles — et survivre à ce que ces frontières cachent.
Ce qui distingue les Bohémiens des autres peuples de l’errance n’est pas seulement un mode de vie, mais une double particularité :
- le Bohéïm, force intérieure de liberté, de création et de révolte, présente en tout humain à des degrés divers, mais pleinement reconnue et travaillée par le peuple élu ;
- la Brume, essence magique liée à l’héritage d’Akhenaton, invisible à la Vision-Ka, et propre aux Bohémiens « magiques ».
En jeu, les Bohémiens sont à la fois :
- un réseau vivant (routes, refuges, marchés, alliances, contrebandes, transmissions) ;
- une mémoire incarnée (récits, légendes de l’Histoire invisible, continuités familiales, rituels) ;
- une puissance occulte (Sorts, Dons propres à chaque famille, Mandalas, arts divinatoires) ;
- un enjeu politique majeur à l’époque de la Révélation, parce que la Brume bouleverse l’équilibre entre Immortels… et attire les convoitises.
Noms, peuple profane et peuple élu
« bohémiens » et « Bohémiens »
On appelle souvent « bohémiens » (sans majuscule) les peuples nomades d’Europe et d’Amérique du Nord : gitans, manouches, etc., sans distinction fine. Dans la réalité occulte, Bohémiens (avec majuscule) désigne ceux qui appartiennent au peuple élu, c’est-à-dire des Roms initiés, conscients de l’Histoire invisible et capables de manipuler la Brume.
Autrement dit :
- Roms / bohémiens : désignation profane (ou ethno-culturelle) ;
- Bohémiens : désignation occulte (le peuple élu).
Les nombres
Les Roms constituent un peuple vaste à l’échelle du monde. Mais l’accès à la vérité occulte est rare : seule une minorité d’entre eux reconnaît le Bohéïm, et une fraction plus restreinte encore possède la Brume.
Ce que l’on croit savoir… et ce que l’on sait
La place des Bohémiens dans les rivalités occultes
Aucun Arcane mineur n’ignore l’existence des Bohémiens. Les perceptions varient selon les factions :
- certains les ont vus comme des guerriers au service d’Immortels ;
- d’autres les considèrent comme des détenteurs d’une sapience qu’on n’approche qu’avec prudence ;
- d’autres encore les jalousent pour leurs rapports privilégiés avec les Immortels.
Cette réputation est alimentée par leur rôle historique : escorter des Lames, servir de relais aux Princes, intervenir dans des épisodes-clés de l’Histoire invisible, ou bâtir des refuges qui échappent aux cartes des sociétés secrètes.
Une origine ancienne, antérieure à bien des certitudes
De nombreux Immortels soupçonnent une ancienneté vertigineuse aux Bohémiens. Certains récits et traces d’anciens peuples errants, bien avant Akhenaton, nourrissent cette hypothèse. Les Bohémiens eux-mêmes donnent aux Immortels un nom particulier : les Aînés.
Le Bohéïm et la Brume
Le Bohéïm : la liberté comme puissance intérieure
Le Bohéïm habite tous les humains, à des degrés divers. Il est décrit comme une force inspiratrice, créatrice et libertaire : la flamme qui pousse à inventer, à désobéir, à guider, à rêver, à refuser l’oppression. Là où certains y voient une simple exaltation, le peuple élu le reconnaît comme une réalité intime et structurante, une puissance qui se cultive et se transmet.
Le Bohéïm nourrit :
- la soif de liberté ;
- le courage de résister ;
- une capacité à devenir « guide » — non par domination, mais par élan.
La Brume : essence magique et empreinte de la magie
La Brume est une essence magique liée au destin du peuple élu. Elle est présentée comme un don d’Akhenaton : une substance occulte qui permet de lancer des Sorts et d’accomplir des prodiges.
Caractéristiques essentielles :
- la Brume est invisible à la Vision-Ka ;
- elle est une empreinte de la magie comparable, dans sa fonction, à ce que d’autres peuples occultes possèdent sous d’autres formes ;
- elle n’est pas un Ka (on ne la confond pas avec les Ka élémentaires, et elle obéit à sa logique propre) ;
- elle marque les Bohémiens « magiques » : seuls eux la possèdent pleinement.
L’Histoire invisible des Bohémiens
Del, le Ka-Soleil, et la naissance du peuple élu
L’histoire occulte des Bohémiens commence durant le Sentier d’Or. Del, Kaïm singulier, s’éprend de l’espèce humaine et possède le Ka-Soleil. Refusant les lois trop dures de l’Atlantide, il emmène ses protégés hors du contrôle atlante, et cherche à leur offrir un autre destin.
Au pied du premier arbre qui fleurit sur l’Atlantide, Del crée des jardins : un lieu de beauté et de promesse, lié à la Terre-Mère. C’est là qu’un phénomène fondateur apparaît : lorsque deux humains s’aiment profondément, leurs Ka-Soleil peuvent se mêler. Del demande alors à un couple de se lier sous l’arbre originel ; de cette union naît une lignée primordiale, Rom et Romni, puis une enfant — Tin Hinan — considérée comme incarnation du Bohéïm.
Cet âge est décrit comme un âge d’or : un temps où la peur, la souffrance et la mort n’avaient pas la même prise… jusqu’à la rupture.
La Chute
Une catastrophe cosmique s’annonce : une météorite, plus sombre que la nuit, doit frapper la Terre. Prévenu par une vision, Del protège les siens loin de l’Atlantide. Mais la Chute ne détruit pas seulement un lieu : elle déforme la relation au monde, et surtout introduit la peur et la mort dans l’horizon des élus.
La Chute balaye la mémoire des Immortels ; seule la mémoire bohémienne conserve le souvenir de Del. Elle transforme aussi la condition humaine :
- les humains deviennent des gadje (étrangers au peuple élu, sédentaires, ignorants de l’Histoire invisible) ;
- l’Orichalka, tueuse de Ka, apparaît comme une tueuse d’espoir ;
- la malédiction de la vieillesse frappe le peuple élu, bien que certains soient épargnés — surtout là où le Bohéïm est intensément présent.
La Dispersion et les deux caravanes originelles
Après la Chute, le peuple élu se scinde en deux caravanes, chacune portant un fragment du destin :
- Une première, menée par Tin Hinan, part vers le nord-est et pénètre l’empire de Shem, domaine des Nephilim d’Asie, descendants de lignées atlantes. Cette caravane s’établit d’abord en Chine puis s’étend à travers l’Asie.
- Une seconde, menée par une autre fille de Rom et Romni (future mère d’une lignée princière majeure), se dirige vers le Moyen-Orient.
Plusieurs siècles plus tard, un Kaïm, Pélagos, retrouve la première caravane et la conduit vers Hyperborée, sanctuaire du Nord. Mais un Nephilim, Apollon, détourne et pervertit certains enseignements ; une fracture se produit : une partie des Bohémiens refuse l’emprise et se révolte, au prix de nombreuses morts. Les survivants deviennent une lignée ardente et guerrière — celle qui prendra le nom de Kumpania du Feu.
La seconde caravane, elle, atteint un temps l’Éden, croyant retrouver un reflet des jardins originels. Mais les Glaives prométhéens détruisent ce lieu : pour les Bohémiens, c’est une nouvelle Chute. Là encore, les survivants se divisent :
- certains choisissent une voie plus sombre, au prix du sang et de l’ambiguïté, suivant Lilith et les premiers Selenim ;
- d’autres reviennent vers les routes, et cherchent refuge et alliances.
La Révélation moderne et la Toile de Brume
À l’époque contemporaine, les Bohémiens apparaissent aux côtés des Nephilim lors des secousses occultes du XXe siècle. Durant la seconde guerre mondiale, ils parviennent à organiser un réseau de résistance : la Toile de Brume, qui sauve un grand nombre de Déchus. Aujourd’hui, ils sont plus actifs que jamais — mais leurs divergences internes, notamment face aux Selenim, menacent de rallumer des conflits au sein même du peuple élu.
Les Kumpanyi : cinq grandes familles
Depuis la fin du règne d’Akhenaton, le peuple élu se structure en cinq grandes familles, les Kumpanyi. Chacune correspond à une tonalité d’élément, une culture, un art divinatoire privilégié et un Don propre. Cette structure n’est pas une simple répartition : elle est une géographie du destin du peuple élu, et une manière de répartir les charges de l’Histoire invisible.
Dans les caravanes, les Bohémiens portent souvent des rôles et fonctions ésotériques, et les plus avancés suivent des étapes d’initiation (Apprenti, Compagnon, Maître). Les Bohémiens, en tant que joueurs, ont accès à un savoir occulte plus large que la plupart des humains de l’univers : ils ne sont pas des quêteurs d’Agartha, mais des gardiens d’une tradition laissée par Akhenaton, chargés de veiller à l’avenir des Immortels.
Conséquences occultes de la Brume
Protection et limites face aux Immortels
La présence de la Brume a des effets très concrets en jeu et en fiction :
- elle protège le Ka-Soleil du Bohémien : un Nephilim ne peut pas s’incarner en lui ;
- un Selenim ne peut pas s’assouvir sur un membre du peuple élu ;
- l’essence magique de la Brume gêne la pratique de la Nécromancie ;
- il est impossible de transformer un Bohémien en mort-vivant ; une tentative peut provoquer une transformation en sampulo ;
- à la mort, l’âme des Errants quitte le corps pour rejoindre Aegypta, le paradis bohémien, au lieu de rester disponible pour certains détournements nécromantiques.
Longévité sans immortalité
Les Bohémiens ne sont pas immortels. Cependant, la Brume peut leur permettre d’atteindre des âges très avancés.
Une frontière infranchie : l’Ar-Kaïm
Aucun Errant n’est devenu Ar-Kaïm. La dissociation entre Brume et Ka-Soleil semble empêcher la fusion de Ka qui ferait émerger le Cœur : la Brume donne du pouvoir, mais scelle aussi une forme de destin distinct.
Sapmulo, Mahrimé et Sombre Tourment
Le Sombre Tourment
Le Sombre Tourment désigne une transformation physique et spirituelle provoquée par des influences corruptrices (liées notamment à la Ka-Lune Noire ou à l’Orichalka). Il peut frapper un Bohémien et marquer durablement sa voie.
Le sapmulo : sous l’astre maudit
Les Bohémiens placés (volontairement ou non) sous le signe de l’astre maudit sont appelés sapmulo. Certains sapmulo développent une vision pessimiste du monde : ils pensent que tout doit mourir pour renaître purifié. Ils s’allient alors avec des Selenim pour explorer l’Au-delà et soutenir une « seconde vision » du monde, plus sombre mais jugée plus juste.
Ces Bohémiens considèrent parfois les Selenim comme d’anciens Nephilim ayant choisi une autre voie approuvée par Akhenaton. Depuis l’émergence de lignées particulières et la reconnaissance de la Renaissance, ils tendent à s’organiser en une société secrète dont se méfie le peuple élu : la Volute.
Le mahrimé : sous le signe de Saturne
Les Bohémiens placés (volontairement ou non) sous le signe de Saturne sont appelés mahrimé. Par extension, le terme peut désigner l’Orichalka. Le mahrimé incarne un autre visage du destin : celui de la gravité, de la contrainte, des chaînes, et de la lente corrosion.
Sciences occultes bohémiens
Les Mandalas : magie tracée au sol
Tous les Bohémiens peuvent pratiquer un art ancien : le tracé des Mandalas. Ce sont des dessins complexes, généralement tracés au sol avec des grains (souvent colorés), qui, mis en résonance avec la Brume, génèrent des effets magiques.
Les Mandalas ont un intérêt majeur pour le jeu :
- ils permettent de dissimuler des réalités occultes aux yeux des mortels ;
- ils structurent des scènes rituelles fortes (préparatifs, protection d’un camp, verrouillage d’un lieu, passage) ;
- ils créent des enjeux concrets (matériaux, temps de tracé, nécessité de discrétion, risques d’interruption).
Arts divinatoires et Dons
Chaque Kumpania privilégie un art divinatoire et possède un Don spécifique :
- Rôm : les Augures (observation du vol des oiseaux et du déplacement des nuages) ; Don du Conte.
- Mannush : Géomancie (lecture des figures formées par les cailloux jetés au sol) ; Don du Chant.
- Gitans : Cartomancie (lecture du tarosh et des Tarots) ; Don des Lames.
- Gypsies : Chiromancie (lecture des lignes de la main) ; Don de la Danse.
- Tziganes : art divinatoire fondé sur le rêve ; Don issu des mondes oniriques.
En campagne, ces arts permettent de donner des indices sans « livrer la solution », de matérialiser le prix du destin, et d’ancrer l’enquête occulte dans des gestes et objets.
Aegypta : le véritable Refuge égyptien
Les Bohémiens disposent d’un paradis et d’un horizon : Aegypta. La Brume a permis aux Tziganes de créer un Akasha très prenant, nommé par les Nephilim le Véritable Refuge Égyptien. À la mort d’un membre du peuple élu, après les rituels mortuaires, son esprit doit rejoindre ses cieux : il entre alors dans l’Akasha de Brume et commence une nouvelle vie.
De nombreuses prophéties annoncent qu’un jour, Aegypta fera son apparition sur Terre :
- il émergerait au centre d’un océan, sous la forme d’une île gigantesque, recréant un « sixième continent » ;
- il deviendrait la capitale du monde occulte, en lieu et place d’Agartha ;
- il marquerait la porte d’une nouvelle ère (associée au Verseau).
Là se joue un choix de fin de cycle :
- les Rôm rêvent de partir avec les Immortels ;
- les Gypsies, les Mannush et les Gitans ont fait le choix de rester sur Terre ;
- les Tziganes n’ont pas encore « rêvé » ce qu’ils feront alors.
Les cinq Kumpanyi en détail
Les Mannush (Terre)
Rôle, couleurs, caractère
Les Mannush sont le bouclier des Bohémiens et leurs ambassadeurs auprès des initiés. Ils aident souvent des Nephilim en danger ou perdus sur les voies d’Agartha. Défenseurs de la nature, ils portent fréquemment des habits amples, des matières naturelles et des couleurs chatoyantes.
Ils sont réputés pour être les plus faciles à rencontrer : leurs caravanes sont accueillantes, vivantes, souvent traversées de rires d’enfants. Leur jovialité n’abolit pas leur gravité : ils portent aussi la fragilité et la splendeur de leur protectrice.
La Brume mélancolique
Leur Brume est décrite comme mélancolique : elle intensifie le lien à la Terre, aux cycles, aux présages inscrits dans l’écorce, l’eau, la pierre. La géomancie permet aux Mannush de s’adresser directement à leur Princesse et de sentir les mouvements de la Terre, notamment pour choisir les destinations.
Leur Kumpania est réputée la plus sûre et la plus lente : un refuge se paie en patience.
Princesse et Prince
La figure centrale est la Princesse : Sara. Sa lignée et son destin structurent la Kumpania, comme une protection autant qu’une vulnérabilité. Le Prince associé, Emmanuel, est marqué par une croissance et un vieillissement accélérés : un signe de la singularité du sang et de l’histoire qu’ils portent.
Caravanes des saisons
Les Mannush organisent leurs caravanes selon les thèmes des saisons : chaque saison correspond à une tonalité rituelle et à une fonction.
- Printemps : renouveau, naissance, fertilité. Des signes apparaissent au sein de la nature (écorces marquées, visions au-dessus d’un ruisseau). Les enfants sont initiés aux réalités ésotériques par des contes.
- Été : rayonnement, épanouissement. Les jeunes découvrant la Brume reçoivent des noms initiatiques ; l’initiation passe par le déchiffrement des messages ésotériques inscrits dans la nature et l’exploration des Plans subtils sylvestres en rêve. Certains se spécialisent dans l’Astral et la replantation des forêts originelles.
- Automne : conservation, rapprochement, royauté. Les caravanes d’automne gouvernent les autres ; des scribes consignent les périples ; des guerriers protègent le retour des Nephilim sur Terre. Une caste de sages (« lions ») sert de relais entre les caravanes et la Princesse, par le rêve.
- Hiver : interdit, destruction, décomposition. Peu de caravanes d’hiver existent : les Mannush refusent la vision de la mort. Ils sont en charge des cérémonies funéraires de la Kumpania et cherchent des moyens de guérir le Sombre Tourment, allant jusqu’à traiter des fragments d’Orichalka avec des Primes — sans pouvoir développer eux-mêmes cette voie.
Fêtes et relations
Les fêtes mannush sont nombreuses : les danses d’incantation y atteignent des sommets, dans des volutes de couleurs chaudes, appelant sensualité et nature. Les fêtes de printemps célèbrent déclarations et naissances ; celles d’été les unions ; l’automne l’enseignement et l’initiation ; l’hiver l’évocation des disparus.
Sur le plan des relations occultes, les Mannush croisent souvent la route d’Adoptés de l’Amoureux, au fil d’intrigues séculaires liées aux Rives et à la cohésion de l’Astral.
Les Gitans (Feu)
Rôle, couleurs, caractère
Les Gitans sont le bras armé des Bohémiens. Détenteurs d’enseignements d’Akhenaton, ils connaissent le véritable pouvoir des Lames. Jongleurs, musiciens hors pair, ils sont aussi les artistes de leur peuple : leurs veillées sont parmi les plus émouvantes, et leur mémoire s’exprime par la musique autant que par la lame.
Ils affectionnent les foulards rouge sang (tête ou cou). Leur caractère est impulsif et fier : la confiance se gagne difficilement, mais leur fidélité est sans faille. Ils aident volontiers, et se vengent s’ils sont ignorés.
La Brume brûlante
Associés au Bâton, les Gitans portent une Brume « brûlante ». Ils défendent le peuple élu ; le combat (notamment au couteau) et l’art de la dissimulation sont présentés comme une seconde nature.
Cartomancie, tarosh et Lames
Les Gitans sont les seuls à pratiquer pleinement la cartomancie telle qu’elle libère le pouvoir des symboles. Ils lisent et manient le tarosh, tarot de vingt-deux arcanes majeurs (Grand Livre), et utilisent cette lecture comme une arme : dévoiler, frapper, trancher l’illusion.
Princesse et Prince
Leur Princesse est Salomé, figure de vengeance et de maîtrise des Lames. Leur Prince, l’Emporato, est lié à un destin tragique : union, affrontement contre les ombres… et mort sous la violence de ceux qu’il avait affrontés.
Caravane et grades initiatiques
Les Gitans sont organisés selon une mystique héritée du tarosh. Il existe onze grades, séparant le jeune garçon du vieux guerrier mystique. Ces échelons correspondent à des couples d’arcanes majeurs, et les distinctions sont attribuées lors de rites de passage, au cours des grandes rencontres du peuple élu.
Les Rôm (Air)
Rôle, couleurs, caractère
Les Rôm sont les 'gardiens de la tradition bohémienne. Ils possèdent les rituels d’investiture des Princes des Arcanes majeurs, et maintiennent la chaîne des Conclaves. Grands conteurs, ils transmettent les légendes de l’Histoire invisible dans leurs veillées.
Par respect pour une figure tutélaire (Esmeralda), ils privilégient les couleurs de l’Alchimie. Ils sont fiers et exigeants sur le respect, mais peuvent se montrer chaleureux si l’on gagne leur confiance.
Les Oiseaux de Brume
Peuple de l’Air, associé à l’Épée, les Rôm sont tournés vers le ciel et les étoiles. Leur divination (Augures) lit les présages dans les nuages et le vol des oiseaux. Ils utilisent peu le tarosh pour la lecture divinatoire ; ils s’en servent plutôt comme instrument d’ordonnancement et de voyage astral.
Les Rôm sont liés à l’organisation ésotérique des Arcanes majeurs : ils ont influencé l’apparence des lames au fil de l’Histoire invisible.
Princesse et Prince
La Princesse est Antinéa, aînée de la lignée originelle, sédentarisée dans le Sahara, cherchant à rallier divers clans au sein de la Kumpania. Le Prince est Kurungano, dont le nom est lié à la capacité de se transformer en oiseau d’or et de Brume : le Kuruñga, oiseau guidant les Bohémiens à travers les Plans subtils.
Caravane : sacrer les Princes
Les jeunes enfants rôm apprennent très tôt l’histoire des Immortels au travers des contes de leur Kumpania. À l’initiation, la Brume dévoile ses volutes : le Bohémien devient un dépositaire de dissimulation et de mémoire, apprenant par cœur faits, noms et investitures depuis Akhenaton. Les noms initiatiques marquent souvent l’accès au voyage astral et au Savoir Mémoire, quand les « brumes du passé » enveloppent le jeune élu.
Les Gypsies (Eau)
Rôle, couleurs, caractère
Les Gypsies sillonnent le monde sur des péniches. Formidables acrobates et maîtres de la discrétion, ils sont les espions des Kumpanyi et des Arcanes majeurs. Observateurs secrets des gadje, ils ont la réputation de connaître des secrets liés aux Ka honni et maudit.
Ils utilisent des couleurs sombres et préfèrent les vêtements près du corps. Sombres et renfermés, ils évitent les relations profondes : non par froideur, mais parce que le poids de leur mission pèse sur eux.
La Vapeur de Brume
Peuple de l’Eau, associé à la Coupe, les Gypsies sont les plus mystérieux et les plus pragmatiques. Akhenaton leur a confié la plus périlleuse des missions : ils permettent aux Princes de se surveiller entre eux, tout en évitant d’attirer trop frontalement la méfiance.
Voyageant le long des cours d’eau, ils cherchent à comprendre les boucles et les traces du monde pour en découvrir des clés de création. Leur horizon ultime est lié à Aegypta : lorsqu’ils la contempleront reconstruite, ils s’engouffreront dans les grottes sombres de la Terre, suivront les cours d’eau, traverseront un Hades symbolique… pour contempler Prométhée, le démon libéré des chaînes du métal honni, qui abreuve les fleuves souterrains de la tradition.
Chiromancie, Danse, figures secrètes
La chiromancie est leur science divinatoire : les lignes de la main portent les lois d’influence des Champs magiques et la destinée. Leur Don, la Danse, prolonge cette lecture dans le corps : mouvement, esquive, rythme, et vertige du secret.
Ils ne parlent jamais de leur Princesse, mais ils en ont une. Leur Prince est connu sous un nom unique : le Passeur. Certains Immortels, à tort, l’identifient à des figures mythologiques de passage.
Caravane : le chiffre cinq
Les Gypsies se regroupent selon le chiffre cinq (doigts de la main, fleuves de la tradition). Les plus jeunes sont intrigués par les mystères des voyages fluviaux et sentent la différence qui les sépare des autres. Plusieurs rôles structurent leurs caravanes : amuseurs qui entretiennent la confusion, émissaires auprès des Arcanes majeurs, chroniqueurs, et passeurs — autant de masques nécessaires à leur survie.
Les Tziganes (Lune)
Les Tziganes sont entourés de mystère. Leur art divinatoire est fondé sur le rêve, et leur Don puise dans les mondes oniriques. Ils occupent une place singulière : à la fois proches de la Brume et distincts par leurs pratiques, au point d’être associés au cœur même du Refuge, Aegypta.
Ils sont aussi porteurs d’interrogations et de vertiges : perdition dans la Brume, rituels secrets, et puissance qui se tisse entre sommeil et réalité.
Jouer un Bohémien
Un personnage qui sait (et qui paye)
Jouer un Bohémien, c’est jouer un humain qui connaît l’Histoire invisible, mais dont la place est fragile :
- il n’est pas Immortel ;
- il porte un pouvoir qui attire ennemis et convoitises ;
- il est pris entre la survie profane (gadje, persécutions, surveillance) et les guerres occultes.
La Brume offre des moyens d’action, mais impose un style :
- dissimulation, fuite, passage ;
- rituels, gestes, présages ;
- loyautés familiales et dettes inter-caravanes.
Le rapport aux Arcanes majeurs
Les Bohémiens sont liés aux Princes et aux Arcanes majeurs par l’escorte, l’investiture, l’espionnage, la surveillance réciproque. Là où d’autres factions cherchent à posséder les Lames, les Bohémiens — selon leur Kumpania — peuvent être ceux qui les protègent, les comprennent, ou les utilisent comme miroir du destin.
Le Ka, les vies antérieures et la mémoire
Le peuple élu est un terrain idéal pour faire émerger progressivement :
- la mémoire des anciens jardins ;
- la trace de Del, Rom et Romni ;
- l’écho des Chutes successives ;
- le Savoir Mémoire quand les « brumes du passé » enveloppent un initié.
Sans jamais tout « expliquer », une campagne peut faire de la caravane une mémoire vivante : un conte qui réveille un fragment d’Akasha, une chanson qui ouvre un sentier astral, une marque dans l’écorce qui rappelle un pacte oublié.
Pistes de scénarios et usages MJ
Conclusion
Les Bohémiens incarnent un paradoxe puissant : ils ne sont pas Immortels, et pourtant ils portent une magie qui fait trembler les Immortels. Ils ne cherchent pas une cité cachée, et pourtant ils possèdent un paradis promis. Ils sont persécutés dans le monde profane, mais indispensables dans les guerres occultes.
Dans une campagne, ils sont la faction des seuils : celle qui ouvre des routes, qui ferme des portes, qui transmet, qui trahit, qui sauve — et qui rappelle, au cœur du fracas de la Révélation, que la liberté a un prix, et que la Brume n’oublie jamais.
(source principale de l'article : Codex des Bohémiens)
Références dans les suppléments suivants
Mystères, p.46
Livre de Base II, pp.52.207-208
Arcanes Majeurs, pp.104-106
Testament, pp.6-39.126
Chroniques de l'Apocalypse 3b, p.7
Ka, p.11
Chroniques de l'Apocalypse 5a, pp.20-32
Chroniques de l'Apocalypse 5b, pp.2-5.15
Compagnon, pp.21.24-25.87.123.135.137-138.143
Livre de Base I, p.19
Arcanes Majeurs NL, p.6
Templiers NL, p.53
Liste de scénarios
En plus de disposer d'un supplément dédié avec le Codex des Bohémiens qui permet de jouer un PJ bohémien, cette faction intervient dans plusieurs scénarios tout au long des éditions :
- Les Yeux d'Esméralda, dans Casus Belli Hors série 12 réédité dans Palimpseste n°8
- L'âme vagabonde, dans Arcanes Majeurs NL
Voir aussi les concepts suivants
Akhénaton, Années noires +1933/1945, Antinéa, Apogée victorienne +1873/1901, Arcanes majeurs, Boheim, Cham, Compromis Egyptien, Conspiration de Daath, Cours de Lune, Cours des Miracles, Exil des Roms, Exode Invisible, Fronde +1650, Hermetic Order of the Golden Dawn, Ka-Brume, Kumpania, Kurungano, Lames arcaniques, Mannush, Peuple-Eglise, Quêtes des 22 Lames, Roms, Toile de Brume, Tziganes