Au cœur d'un réseau fluvial dont les méandres dessinent des symboles d'une complexité insondable se dressent les vestiges de la cité des hydroglyphes, l'un des fiefs les plus révérés de Yesod dans le monde de Sohar. La cité est aujourd'hui en ruine — ses arches se sont effondrées, ses colonnes gisent brisées parmi les roseaux, et ses murs ne sont plus que des fragments couverts de mousse lumineuse. Mais les bas-reliefs qui ornent ces vestiges sont intacts, couverts d'hydroglyphes, ces inscriptions mouvantes tracées dans la pierre humide qui constituent, dit-on, la mémoire écrite de l'éternité. Le kabbaliste qui sait déchiffrer ces bas-reliefs et parvient à leur redonner vie peut revivre pendant quelques instants les grands moments de raffinement artistique et de plaisir qui firent jadis la gloire de cette ancienne cité. D'aucuns affirment que cette expérience laisse une empreinte durable sur l'âme du voyageur, aiguisant sa sensibilité aux arts d'une manière que nul enseignement terrestre ne saurait reproduire.

C'est parmi ces ruines que réside le grand livre des hydroglyphes, un grimoire colossal d'un mètre de haut posé sur un lutrin au cœur des vestiges. Ses pages tournent d'elles-mêmes dans un bruissement continu, et lorsqu'un kabbaliste s'en approche avec une pensée précise, le livre s'ouvre sur une page blanche qui se remplit aussitôt de la vie entière de la personne à laquelle il songe — ses traumatismes, ses secrets enfouis, ses mauvais souvenirs. Ce savoir est un pouvoir redoutable, et les esprits qui veillent sur les ruines s'assurent qu'il ne soit pas employé à la légère. La connaissance, à Yesod, est un fleuve : elle irrigue et nourrit, mais elle peut aussi noyer.

La cité des hydroglyphes est un lieu de recueillement et de nostalgie, fréquenté par les kabbalistes les plus érudits qui viennent y consulter les eaux-mémoires et tenter de faire revivre les bas-reliefs. Mais c'est aussi un lieu de jugement silencieux : les hydroglyphes reflètent la vérité, et celui qui se présente avec des intentions impures voit ses propres mensonges se graver dans la pierre autour de lui, exposés aux regards de tous. Les créatures qui veillent sur les ruines — des êtres fluides et translucides dont la forme épouse les courants — ne tolèrent ni la dissimulation ni la corruption du savoir. On entre dans la cité des hydroglyphes en chercheur ; on en ressort transformé, pour le meilleur ou pour le pire.

Créatures résidentes

Autres créatures de Yesod


Références dans les suppléments suivants