Au-delà des Chasses charbonneuses, le paysage de Guebourah se transforme radicalement : la suie laisse place à une étendue infinie de poudre blanche, scintillante et impalpable, qui recouvre tout comme une neige éternelle. Les Vastes poudreuses sont un désert de poussière cristalline dont les grains contiennent chacun un fragment de pensée — une idée inachevée, une inspiration avortée, un rêve oublié au réveil. Marcher dans les poudreuses, c'est patauger dans l'inconscient collectif de Sohar, et le voyageur qui s'y attarde entend bientôt des murmures, des mélodies, des vers de poésie dans des langues qu'il ne connaît pas mais qu'il comprend pourtant.

Ces voix sont celles des tresses de myrrhe d'Asadulas, les muses désincarnées de Sohar. Invisibles et impalpables, elles ne se manifestent que par leur voix — des chuchotements qui portent l'inspiration dans tous les domaines du savoir et de l'art. Le kabbaliste qui sait les écouter peut acquérir une maîtrise temporaire mais prodigieuse dans n'importe quelle discipline, des arts les plus anciens aux sciences les plus modernes, car il existe une muse pour chaque art et chaque science. Les tresses de myrrhe ne font pas de distinction entre les époques ni les cultures : elles inspirent avec la même générosité un sonnet qu'un algorithme, une symphonie qu'une démonstration mathématique.

Les Vastes poudreuses sont un lieu de création pure, mais aussi de dispersion. Le danger n'est pas physique mais mental : le kabbaliste qui s'abandonne aux voix de l'inspiration risque de perdre le fil de sa propre pensée, noyé dans un torrent d'idées qui ne sont pas les siennes. Certains sont restés des jours dans les poudreuses, errant sans but, parlant seuls, créant des œuvres magnifiques qu'ils oubliaient aussitôt dans la poussière scintillante. Les plus sages viennent avec une question précise et repartent dès qu'ils ont leur réponse, résistant à la tentation de rester pour en apprendre davantage. Car les muses, dans leur générosité, ne savent pas s'arrêter — et leur don, sans discipline, devient un poison.

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