Le puits sans fin des ombres rouges
Il est des lieux dans Sohar que même les habitants du monde évitent, et le Puits sans fin des ombres rouges est de ceux-là. Situé dans les profondeurs de Yesod, ce gouffre vertigineux s'enfonce dans les entrailles du continent sans qu'aucun kabbaliste n'en ait jamais atteint le fond. Ses parois sont d'un rouge sombre et palpitant, comme si la roche elle-même était irriguée de sang, et des ombres carmines y dansent sans source de lumière apparente, projetant des silhouettes tourmentées sur les surplombs. Un murmure constant monte des profondeurs — non pas un son, mais une sensation, un appel mélancolique qui attire le voyageur vers le bord.
C'est le domaine des papillons de noirceur, des nuées de papillons aux ailes noires qui jaillissent du puits pour fondre sur ceux qui s'en approchent. Leur contact plonge la victime dans le sentiment d'être prisonnière d'un gouffre sans fond, prostrée et accablée de désespoir. Mais cette épreuve n'est pas sans contrepartie : une fois les papillons rassasiés de chagrin, ils repartent dans les profondeurs et laissent leur proie étrangement apaisée, débarrassée de ses petites contrariétés comme si le puits avait aspiré le poids de ses tourments. Certains kabbalistes viennent ici volontairement, cherchant dans cette purgation une forme de catharsis ésotérique.
Le Puits sans fin est aussi un lieu de passage : des interstices dans ses parois ouvrent sur des galeries latérales où l'on dit que se cachent des fragments de mémoire oubliés, des échos de vies passées que les papillons ont collectés au fil des âges. Ces mémoires flottent dans l'obscurité rouge comme des méduses luminescentes, et le kabbaliste assez brave pour s'y aventurer peut y glaner des bribes de savoir — à condition d'accepter que le puits prenne en échange une part de ses propres souvenirs. Nul ne sait ce que le Puits fait de ces mémoires volées, ni ce qui attend tout au fond, dans les ténèbres ultimes où même les ombres rouges n'osent descendre.
Créatures résidentes
- Les papillons de noirceur, interstices du puits sans fin — Nuées de papillons aux ailes noires qui se nourrissent du désespoir des voyageurs.
Autres créatures de Yesod
- Le grand livre des hydroglyphes, la mémoire écrite pour l'éternité — Les fragments de mémoire du puits pourraient être liés aux eaux-mémoires de la cité voisine.
- Les enfants des sept tonnerres, oracles de la pureté — Oracles de Yesod dont les flèches d'or servent parfois à purifier les abords du puits.
Références dans les suppléments suivants
- Magie (1e éd.), pp.185-186
- Le Grimoire du 3e Cercle, pp.75-79