La vallée des larmes de rubis
Au pied des hauteurs de Hod s'étend une vallée encaissée baignée d'une lumière rougeâtre, comme si le sol lui-même saignait. La vallée des larmes de rubis tire son nom des innombrables gemmes écarlates qui parsèment ses rochers et ses rives : des rubis qui ne sont pas des pierres, mais des larmes cristallisées, versées depuis des temps immémoriaux par les esprits qui hantent ces lieux. Chaque rubis contient l'écho d'un combat, le souvenir d'un affrontement entre créatures de Kabbale ou entre kabbalistes rivaux, et le voyageur qui en ramasse un perçoit pendant un bref instant la fureur, la douleur et la résolution des combattants d'autrefois.
Les esprits aux larmes de rubis sont les gardiens et les mémorialistes de cette vallée. Décharnés, vêtus de haillons, ils planent doucement au-dessus des visiteurs et tissent entre eux des toiles complexes et invisibles qui révèlent au kabbaliste attentif les liens secrets qui unissent les individus présents — amitiés, amours, animosités, hiérarchies cachées. Leur don n'est pas offensif mais redoutablement intrusif : en présence de ces esprits, nul ne peut dissimuler ses sentiments véritables envers autrui. C'est pourquoi les seigneurs de Sohar viennent parfois ici pour éprouver la loyauté de leurs vassaux, ou pour trancher des querelles en laissant les larmes de rubis révéler la vérité des cœurs.
La vallée est aussi un lieu de deuil et de commémoration. Les kabbalistes qui ont perdu des compagnons dans les épreuves de Kabbale viennent y déposer un rubis en hommage, et les esprits accueillent cette offrande avec une gravité solennelle. Une légende tenace parmi les voyageurs de Sohar raconte qu'il serait possible de faire éclore une fleur de vie dans cette vallée de désolation — acte de création pure au milieu du chagrin qui apaiserait, ne serait-ce qu'un instant, les âmes en peine qui y errent. Ceux qui prétendent y être parvenus décrivent une empathie nouvelle, comme si la vallée leur avait appris à lire le cœur d'autrui. On dit que la vallée s'agrandit imperceptiblement à chaque nouveau conflit dans les mondes de Kabbale, et que le jour où elle aura englouti toutes les collines environnantes, le dernier combat aura été livré. En attendant, les esprits pleurent, et les rubis s'accumulent, mémoire écarlate de toutes les violences que même le monde harmonieux de Sohar n'a pu empêcher.
Créatures résidentes
- Les esprits aux larmes de rubis, ceux qui pleurent les combattants — Esprits décharnés qui révèlent les liens secrets entre les individus et pleurent les combattants tombés.
Autres créatures de Hod
- L'esprit de la 24e partie d'un instant — Crabes translucides parfois croisés dans les fiefs de Hod.
- Les guides des cages translucides de Tilfir, cueilleurs des gemmes d'érudition — Vieillards érudits que l'on aperçoit parfois dans la vallée, collectant les souvenirs contenus dans les rubis.
- Les Kerubim, esprits agiles de Tilfir — Anges agiles qui traversent parfois la vallée en route vers les cages de Tilfir.
Références dans les suppléments suivants
- Magie (1e éd.), pp.185-186
- Le Grimoire du 3e Cercle, pp.75-79