« Le Diable (arcane majeur) » : différence entre les versions
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{{Infobox Diable | {{Infobox Arcane majeur | ||
| numero = XV | |||
| nom = Le Diable | |||
| prince = [[Shaïtan]] | |||
| ancienprince = Aucun | |||
| métamorpheprince = [[Onirim]] sous [[Khaïba]] (nanisme) | |||
| arkana = Aucune | |||
| demeure = [[Sabbat|Sabbats]] | |||
| conjonction = aucun | |||
| accord = [[Tempérance (arcane majeur)|La Tempérance]]<br />[[Lune (arcane majeur)|La Lune]]<br /> | |||
| neutre = [[Amoureux (arcane majeur)|L'Amoureux]]<br />[[Diable (arcane majeur)|Le Diable]] (''oui, avec lui-même !'')<br />[[Pendu (arcane majeur)|Le Pendu]]<br />[[Etoile (arcane majeur)|L'Etoile]]<br />[[Justice (arcane majeur)|La Justice]]<br />[[Jugement (arcane majeur)|Le Jugement]]<br />[[Renaissance (arcane majeur)|La Renaissance]]<br /> | |||
| désaccord = [[Bateleur (arcane majeur)|Le Bateleur]]<br />[[Papesse (arcane majeur)|La Papesse]]<br />[[Pape (arcane majeur)|Le Pape]]<br />[[Mat (arcane majeur)|Le Mat]]<br />[[Impératrice (arcane majeur)|L'Impératrice]]<br /> | |||
| opposé = [[Force (arcane majeur)|La Force]]<br />[[Chariot (arcane majeur)|Le Chariot]]<br />[[Soleil (arcane majeur)|Le Soleil]]<br />[[Roue de Fortune (arcane majeur)|La Roue de Fortune]]<br />[[Ermite (arcane majeur)|L'Ermite]]<br />[[Maison-Dieu (arcane majeur)|La Maison-Dieu]]<br />[[Empereur (arcane majeur)|L'Empereur]]<br /> | |||
| maison = [[Maison du Pied-Bot|La Maison 2 du Pied-bot]] | |||
| humeur = [[humeur plomb|Plomb]] [[humeur lunatique|Lunatique]] [[humeur froide|Froid]] | |||
| stellaire = stellairediable.jpg | |||
| image = diable15.jpg | |||
| légende = ''L'Arcane XV - Le Diable'' | |||
}} | |||
L''''Arcane XV''', '''Le Diable''', est l'un des [[Arcanes Majeurs]] les plus redoutés, car il rassemble les [[Nephilim]] qui ont cessé de tendre vers la Sapience et se sont abandonnés au [[Khaïba]]. Sous l'autorité du Prince Shaïtan, l'Arcane mêle sabbats humains, monstruosité assumée et desseins occultes dont l'ombre dépasse largement le folklore sataniste. | |||
== Le Stellaire == | |||
Le Stellaire du Diable est de type [[humeur plomb|plomb]] [[humeur lunatique|lunatique]] [[humeur froide|froid]]. Il dépend de la [[Maison du Pied-Bot|Maison 2 du Pied-bot]]. | |||
== L'esprit de la Lame == | |||
La quinzième quête d'[[Akhenaton]] conduit à la Lame du Diable et à l'épreuve la plus dangereuse, celle où l'Immortel doit regarder en face la tentation de renoncer à la voie intérieure. | |||
Même s'il demeure l'une des images les plus terrifiantes du tarot, le Diable y apparaît sous une figure presque « classique ». Debout sur un bloc de pierre, il porte des ailes de chauve-souris, des cornes recourbées, une torche enflammée et un geste de sagesse, tandis que les quatre éléments se lisent sur son corps, l'air dans les ailes, l'eau dans les écailles du bassin, la terre dans les sabots et les cornes de bouc, le feu dans la torche. Sur son sexe, le symbole de Mercure proclame le triomphe du matériel sur le spirituel, comme si l'Arcane XV préparait une victoire physique et terrestre au jour du Jugement Dernier, tandis que deux humains cornus, homme et femme, restent enchaînés au même anneau du roc. | |||
Par cette lame, [[Akhenaton]] désignait les [[Nephilim]] qui abandonnent la Sapience pour n'écouter que leurs instincts, leur [[Khaïba]]. Certains y voient un être spirituellement entravé aux démons du corps, incapable de rejoindre l'[[Agartha]] malgré ses ailes, ou refusant d'y monter par choix. D'autres soutiennent au contraire que le Diable tient ses captifs à ses pieds, humains et Nephilim soumis à sa volonté, aveuglés par le feu rédempteur de sa torche. | |||
Arcane des passions néfastes et des appétits qui dévorent, pouvoir matériel, égoïsme, pulsions et instinct, la Lame accueille tous les Nephilim en Khaïba. Loin de vivre cette dégénérescence comme une malédiction, les Adoptés la revendiquent comme une fierté et une promesse. | |||
== Histoire == | |||
Toutes les époques ont forgé leurs sabbats et leurs noms du diable, depuis les démons mésopotamiens et les démons-mouches de la Perse jusqu'aux enfers d'Égypte, à ceux de Dante et de Virgile, aux rituels païens sous la Rome antique, puis aux sorcières du Moyen Âge et aux occultistes des siècles derniers. | |||
Les membres de l'Arcane XV prétendent que ces croyances furent nourries par les manœuvres occultes du Diable, mais une telle idée laisse un vide troublant, car elle supposerait des siècles d'agitation sans finalité claire. La souffrance, la monstruosité et la dégénérescence ne peuvent pas, à elles seules, expliquer l'énigme d'une Lame que les [[Nephilim]] disent forgée par [[Akhenaton]] pour avertir les Fils des [[Éthers]] des périls de leur condition, et il paraît invraisemblable qu'elle n'ait servi qu'à produire de modestes sabbats sans dessein profond. | |||
D'autant que les rites du Diable lui valurent plus d'inimitiés que tous les autres Arcanes réunis, entre les persécutions de l'Église et l'action des [[Templiers]]. La plupart des Nephilim ont longtemps vu les Adoptés de l'Arcane XV comme des monstres ou des ennemis, et certains ont interprété le regain d'intérêt occidental pour le diable au XIXe siècle comme une manœuvre de réhabilitation orchestrée par la Lame elle-même. | |||
Les Adoptés de [[La Justice (arcane majeur)|la Justice]] et de [[La Tempérance (arcane majeur)|la Tempérance]] ne s'y trompent pas et considèrent que le « discours » du Diable, lorsqu'il existe, n'est qu'un rideau de fumée. Rien n'y dessine une cohérence, ni credo, ni découverte revendiquée, seulement une suite de conflits, de fuites et de renoncements face au monde extérieur. | |||
=== L'apocalypse comme synthèse === | |||
Les [[Nephilim]] « traditionnels » ne pardonnent pas aux Adoptés de l'Arcane XV d'embrasser leur condition avec une ferveur si affichée. Ils les voudraient repentants et isolés, et s'effraient de les voir se rassembler et revendiquer leur monstruosité, au point que certains avouent désormais ne plus savoir pourquoi [[Akhenaton]] créa le Diable. Pourtant, le Diable n'est pas une Lame vaine, et sa véritable finalité pourrait n'apparaître qu'en des circonstances extrêmes, comme si l'[[Apocalypse]] seule pouvait en révéler la synthèse. | |||
== Organisation == | |||
Parler d'organisation pour l'Arcane XV reste presque une abstraction, car il s'agit d'imposer un schéma à une réalité fuyante. Le Prince a fixé une structure pour se fondre dans la masse, ou par ironie, mais l'essentiel s'est dessiné au fil des siècles par les pratiques des membres plus que par une autorité constante. Au bout du compte, ce sont les usages du Diable qui ont façonné un découpage sommaire. | |||
=== Les sabbats === | |||
Les sabbats réunissent les Adoptés autour de rites choisis, et chaque groupe se définit d'abord par l'ambiance, les références et les goûts de ceux qui l'animent. On n'y trouve pas un programme imposé de l'extérieur, mais une fête qui frôle la folie, où l'expression de soi devient délire et enthousiasme antique. Pourtant, cette liberté reste tenue par une exigence centrale, l'adoration d'une figure à laquelle chacun se soumet, et cette soumission, d'abord consentie, glisse souvent vers la contrainte et la torture. | |||
L'essence des sabbats tient dans l'abandon aux instincts enfouis, ce que nul autre Arcane ne pousse à ce point. Or les pulsions d'un [[Khaïba]] diffèrent radicalement de celles d'un [[Nephilim]] « sain », et cette différence rend l'Arcane XV presque inconcevable pour les autres Lames, hormis peut-être [[La Tempérance (arcane majeur)|la Tempérance]] dans une certaine mesure, tant l'esprit d'un Khaïba voué au Diable échappe à leurs repères. | |||
Chaque sabbat est placé sous l'autorité d'un Luxifer, mais la hiérarchie demeure mouvante et se nourrit des rapports personnels qui se tissent et se défont avec le temps. Le Luxifer seul est censé s'adresser au Prince, encore faut-il que l'un ou l'autre le souhaite, car il arrive que le Prince cherche à approcher ses Adoptés sans intermédiaire, retiré du monde tout en errant discrètement parmi ses fidèles. | |||
Les sabbats ne suivent pas non plus une logique territoriale stable, même s'ils existent dans de nombreux pays. Leur rareté tient à la difficulté des [[Khaïba]] à se mêler au monde commun et au fait qu'ils sont moins nombreux que les [[Nephilim]]. | |||
==== Le Sabbat du Soleil de Shaïtan ==== | |||
Ce sabbat se déplace dans une même région, principalement l'Hérault et le Gard, terres sèches de garrigues et de reliefs, où l'on sent la dureté d'une existence écrasée par un soleil implacable que les Cathares disaient être celui de Satan. Il se nourrit d'une vision fataliste d'un monde voué au mal, et si cette perspective reste humaine, les [[Khaïba]] du Soleil de Shaïtan adoptent un schéma de pensée qui évoque parfois celui des [[Nephilim]] du [[Le Jugement (arcane majeur)|Jugement]]. Ils n'attendent toutefois pas l'[[Apocalypse]], car ils agissent ici et maintenant pour leurs objectifs. | |||
Le lien avec les Cathares ne dépasse guère ce fatalisme, même si certains [[Templiers]] familiers du catharisme ont signalé la présence de Khaïba sur des lieux comme Montségur. Plusieurs y ont laissé la vie, mais des échos sont parvenus jusqu'à la commanderie locale, trop peu pour prouver une récupération du savoir occulte cathare, assez pour nourrir un doute inquiétant sur les véritables ambitions de l'Arcane XV. Si l'Ordre du Bâton se mettait à s'y intéresser, le soupçon pourrait devenir dangereux. | |||
Le Sabbat du Soleil de Shaïtan se tient toujours à une croisée de routes peu fréquentées, selon une tradition médiévale qui voyait dans ces lieux un appel au diable. Il ne s'agit jamais du même carrefour, par prudence et pour préserver la charge symbolique, et le sabbat migre environ à chaque nouvelle lune. Trois à quatre carrefours sont réputés particulièrement puissants, tant ils furent utilisés depuis des siècles, si bien que des archives locales conservent des traces, parfois des accessoires abandonnés, et l'enquêteur avisé peut y deviner la piste d'un sabbat contemporain derrière des scènes caricaturales héritées de l'imaginaire médiéval. | |||
Ces carrefours portent une ambiance reconnaissable pour l'occultiste, mais restent banals au profane, talus d'herbes mauvaises, croix vieillie dont la foi des hommes s'est retirée, et rien que la lune puisse dénoncer comme maléfice évident. | |||
Pour les adeptes, au contraire, le croisement des routes devient symbole d'errance et de voyage sans fin dans un monde impitoyable, lieu de rencontre pour des réprouvés, mendiants de la magie et déchus parmi les déchus, réunis en un endroit qui n'est jamais vraiment habité. Le carrefour ouvre aussi sur les points cardinaux, comme si l'on pouvait y tourner les maléfices vers tous les vents. | |||
Le sabbat est conduit par [[Orhm]], Luxifer qui rassemble les participants et ordonne le rite, en reprenant des pratiques largement décrites au Moyen Âge. Les acteurs viennent séparément et ne se rencontrent qu'au lieu du rite, vivant autrement sans se revoir, et ils auraient peu de chances de se reconnaître dans la vie « normale ». L'influence d'Orhm ajoute un voile sur leurs esprits, rendant flou le souvenir de leurs compagnons nocturnes. | |||
La plupart des participants sont des humains, ce qui reste exceptionnel, car les Immortels mêlent rarement les hommes à leurs rites, exception faite du [[Le Bateleur (arcane majeur)|Bateleur]]. Plus paradoxal encore, la monstruosité des [[Nephilim]] [[Khaïba]] devrait dissuader tout contact, mais le goût d'Orhm pour les hommes et son charisme inquiétant ont rendu cette collusion possible. | |||
Les rites célèbrent des forces maléfiques que les participants croient sentir autour d'eux, et qu'Orhm identifie comme des [[champs magiques]] dont les effluves lui sont devenus insupportables. Il paraît reconnaître, avec une précision presque maladive, des relents de Ka-éléments [[Nephilim]] dispersés, comme si sa paranoïa avait aiguisé sa perception sur le plan magique. | |||
Le sabbat dérape souvent par la volonté des participants, tandis qu'Orhm reste en retrait et savoure le spectacle. La débauche se mêle à la cruauté, à la scatologie, parfois au meurtre, et les acteurs se couvrent de peaux sanguinolentes, célèbrent des messes noires aux accents païens, se persuadent de se changer en porc, chat, chien ou chèvre, selon des superstitions paysannes archaïques. Orhm croit initier ces hommes et ces femmes à une « vraie » nature, celle du mal et de la cruauté, et prétend préparer une renaissance d'humanité brute, rêvant d'une [[Atlantide]] noire et sauvage. | |||
Le soleil maléfique demeure le cœur de ce sabbat, car les humains semblent puiser inconsciemment dans leur [[Ka-Soleil]] pour nourrir les ressources magiques d'Orhm. Ce Ka-Soleil serait offert au Diable dont Orhm se veut le regard, mais nul ne sait ce qu'il devient, pas même le Luxifer. | |||
==== Le Sabbat des banquets de Stavioli ==== | |||
À une trentaine de kilomètres à l'ouest de Rome, sur des hauteurs, la villa Stavioli fut édifiée en 1540 par une famille noble disparue, et se dit aujourd'hui abandonnée pour insalubrité. Façades lourdes en ruine, escalier menaçant, galeries jonchées de débris, fontaine tarie, elle échappe aux guides comme si l'on voulait l'effacer, et c'est sans doute mieux ainsi, car elle abrite un sabbat parmi les plus étranges et les plus répugnants. | |||
Autour de [[Remus]] Luxifer, qui se proclame huitième et dernier roi, les membres rêvent des banquets de Rome décadente et cherchent l'extase et la transmutation dans des libations interminables. Le sabbat compte surtout des nains et des géants, voués à boire et dormir, jusqu'à briser leurs [[simulacre]]s déjà rongés par le [[Khaïba]], et ils font de cette déchéance une finalité. Dans les sous-sols, une cour nauséabonde se presse autour d'un monarque impassible, dans une mer de déjections, de sang coagulé et de débris, nourrie à même le sol sur des divans défoncés. | |||
Au plafond, d'énormes cages rouillées contiennent les « frères » les plus monstrueux, honorés comme des divinités. Les Adoptés leur donnent des noms comme Apollon, Vulcain, Neptune ou Proserpine, persuadés que ces abominations montrent la voie du salut. Parfois paraît un visiteur étrange, vêtu comme un noble italien du siècle dernier, d'une proportion parfaite, immobile dans l'ombre durant de longues heures, visage interdit à tous, mais auquel Remus témoigne une déférence absolue. Lorsqu'il s'en va, il emporte un ou plusieurs de ces « dieux », et ceux qui restent comprennent qu'ils ne les reverront jamais. | |||
Les membres du sabbat vivent presque coupés du monde, se contentant de vin et de nourriture apportés par de jeunes esclaves humains. Drogués par ordre de Remus, paralysés par la terreur, souvent orphelins ou fugueurs, ils ne songent pas à trahir, forcés de se présenter nus et livrés aux assauts des Adoptés qui veulent souiller toute pureté. La vie d'un esclave dépasse rarement un an, et les jeunes femmes meurent plus vite encore, sacrifiées et dévorées avec leur fœtus dès qu'elles deviennent enceintes, tandis que les hommes finissent livrés à d'énormes molosses enchaînés aux étages supérieurs pour décourager les visiteurs. | |||
La police italienne s'est intéressée à Stavioli il y a quelques années, mais le mystérieux visiteur intervint, exhiba des documents anciens et authentiques, se déclara propriétaire et fit cesser l'enquête, nul ne sachant comment. Depuis, toute velléité d'investigation est étouffée, et l'éloignement protège les orgies. Même l'attention des [[Nephilim]] de [[L'Amoureux (arcane majeur)|l'Amoureux]] fut écartée pour un temps, après que trois Adoptés de l'Arcane VI furent torturés et forcés de signer un pacte absurde. | |||
Deux ou trois fois dans l'année, les orgies atteignent un paroxysme lors des « fêtes élémentaires », quand les Adoptés cherchent le coma éthylique. Certains égorgent des esclaves et boivent le sang sur les murs de la cave, tandis que les « dieux » en cage se mutilent et se dévorent, pris d'une frénésie extatique. Tous espèrent gagner un nouveau palier de dégénérescence, attirer l'attention de Remus et être recommandés au visiteur lors d'une prochaine venue. En communiant avec l'esprit du champ magique le plus proche, ils croient se rapprocher de leur état élémentaire et d'un plan d'existence supérieur, débarrassés des oripeaux physiques qu'ils abhorrent. | |||
==== Le sabbat de la Rose Bleue ==== | |||
À Budapest, côté Pest, ce sabbat occupe un vaste appartement dans un immeuble massif à la façade noircie et criblée de balles, mémoire de combats anciens. Le quartier reste calme le jour, puis s'embrase la nuit entre bars et musique, et les acteurs du sabbat observent la jeunesse depuis leurs fenêtres comme une proie offerte, « poissons » d'un aquarium nocturne. | |||
Le décor affiche une richesse sans ostentation et cultive un goût dix-neuvièmiste, tentures lourdes, velours, salons faiblement éclairés, comme une nostalgie de siècle finissant. Un buste de Lord Byron domine une cheminée moderne qui entretient un feu permanent, et sur la porte, un heurtoir en serpent cornu, muet, sert de signal magique, détectant les effluves du [[Khaïba]] et n'ouvrant qu'à cette condition. | |||
Beaucoup d'Adoptés connaissent l'adresse sans en être des habitués, car la réputation a débordé et toucherait une bonne trentaine de Khaïba en Europe, surtout en Europe de l'Est. Cette célébrité tient à la beauté du lieu, propice aux intrigues du Diable, et à la personnalité du Luxifer [[Janos Kek]], dont le nom signifie « bleu » en hongrois, et qui attire autour de lui des figures charismatiques. | |||
Sous l'apparence d'un salon où l'on cause, la Rose Bleue abrite des scènes majeures de la vie de l'Arcane. C'est une tête de pont en Europe de l'Est, devenue terrain de chasse après des années de confinement politique, et l'on dit que des dignitaires très élevés y passent, peut-être le Prince lui-même, sans que nul puisse l'affirmer. On y croise aussi des chefs de factions militaires liés à des mouvements secrets ou à des gouvernements, des [[Selenim]] de la [[Lune Noire]] qui y trouvent une zone neutre, et parfois de rares [[Nephilim]] éminents, jamais présents sans raison sombre, quête de renseignement ou offre malsaine. | |||
Le nom de Rose Bleue vient d'un récit que Janos Kek livre aux nouveaux venus, celui d'une rose mystérieuse cueillie le jour de sa métamorphose en Khaïba, pétales bleutés luisant sous la lune. La version change selon l'humeur de Kek, et certains y lisent l'appel du Prince, séduisant un [[Nephilim]] précieux par un symbole de félicité, comme une promesse d'[[Agartha]]. D'autres n'y voient que la pureté perdue, le rêve d'un Khaïba qui ne sera plus l'être de poésie et de romance qu'il fut. | |||
Quoi qu'il en soit, Kek anime son sabbat par l'érudition, la perversité et des relations troubles qu'il convoque pour renouveler l'intérêt des soirées. Une société décadente d'esthètes et de désabusés s'y agrège, maîtres de jeux morbides et d'avilissement. | |||
Les activités gravitent autour du thème de la jeunesse, car les invités de Kek recherchent les énergies fraîches des âmes et des corps, humains comme Nephilim. Ils choisissent parfois une victime parmi la faune nocturne de Pest, la capturent, la torturent avec une cruauté prétendument « artistique », et s'attribuent des titres comme Maître de la Défiguration ou Roi des Plaies. Les victimes ne quittent pas l'appartement et finissent dans la collection privée de Kek, un atelier de statues et de chevalets où les cadavres et les agonisants sont maintenus artificiellement par la magie khaiba. | |||
La compagne de Kek est une [[Ondine]] dont le [[simulacre]] gracieux a depuis longtemps cédé aux difformités écailleuses. Personne ne sait si elle était déjà khaiba ou si Kek l'y poussa par cruauté ou peur de la solitude, et l'on murmure que l'ancienne chevelure de l'ondine fut peut-être la rose bleue de l'anecdote. | |||
Le sabbat ne se définit pas par la collection d'objets, mais Kek protège un fragment fascinant, un morceau de pierre semblable à un marbre luminescent sans équivalent connu. Enfermé dans un coffret résistant aux armes, à l'[[orichalque]] et à de nombreux sortilèges, le fragment attire tant que Kek dut repousser des tentatives de vol d'hôtes ambitieux sans même leur montrer le trésor. Son aura se percevrait en [[vision-Ka]] à distance, et certains initiés chuchotent qu'un dignitaire très élevé de l'Arcane l'aurait déposé chez Kek, cadeau ou mesure de sécurité. | |||
==== Le Wotan Club ==== | |||
Dans les quartiers chauds de Berlin, le Wotan Club se présente comme une boîte techno indus à tendance SM affichée, théoriquement ouverte à tous, mais la plupart des clients n'y reviennent pas après la première nuit. L'établissement, tenu par l'Oberfürhmeister Schwarzer, géant défiguré en uniforme nazi, traîne une réputation sombre, sans que le public soupçonne les exactions des habitués. C'est le repaire d'un sabbat violent qui a fait de la souffrance son commerce. | |||
Le premier sous-sol est une piste « classique » au décor malsain, réservée à une clientèle masculine, skins néo-nazis et yuppies décadents en quête de frissons. Dans un coin se dresse un vieux wagon cabossé que la rumeur relie à un convoi vers les camps de la mort, et l'intérieur aligne des photos retouchées de dirigeants nazis autour d'un bar aux boissons au nom évoquant les camps de concentration. Des barres de fer tordues, des matelas maculés et des menottes fournies par la direction offrent un terrain aux fantasmes, et malgré des incidents, les autorités, grassement soudoyées, se contentent d'avertissements de façade. | |||
La musique y est martiale, entre techno-core et formations néo-nazies, et ceux qui s'y produisent ne reviennent jamais. Ici, la violence n'est pas réprimée, elle est encouragée, et le service d'ordre, en uniforme de l'armée allemande, masque de bourreau au visage, se mêle parfois à la foule, distribuant des décharges de matraques électriques au plus fort de l'agitation. | |||
Le second sous-sol est le véritable club SM et le lieu des sabbats des Adoptés, propriétaires du Wotan Club. C'est un musée de l'horreur composé d'alcôves et de salles secrètes qui rejouent des cachots et salles de torture à travers les époques, de la salle d'opération nazie à la cave sud-américaine, des geôles moyenâgeuses aux motels « spécialisés ». La torture s'y pratique avec ou sans consentement, et l'attirail, tenailles, bougies, fers, pinces et pistolets à clous, suffirait à faire pâlir les plus endurcis. | |||
Les [[Nephilim]] du Wotan Club affirment que la souffrance est une fin, et leur credo suit deux axes. Celui qui inflige, toujours un Adopté, nourrit son [[Khaïba]] et accélère sa dégénérescence, tandis que celui qui reçoit serait purifié et entreverrait le Paradis, « der Himmel ». Himmel devient leur terre promise, une anti-[[Agartha]], et ils croient qu'un humain placé dans certaines conditions peut « voir » ce paradis et pressentir le monde quand le Diable viendra reprendre ce qui lui est dû, tandis que les Nephilim espèrent y accéder au terme de leur dégénérescence. | |||
Schwarzer croit même pouvoir y envoyer des humains comme esclaves, s'il parvient à simuler en eux les effets du Khaïba, mais ses expériences médicales n'ont donné que des morts. Chaque mois, il trouve dans son bureau, une salle de torture façon Inquisition au deuxième sous-sol, un colis anonyme contenant des pilules réservées aux membres jugés méritants et aux humains capturés. | |||
Lors de soirées privées particulièrement violentes, les [[Nephilim]] entrent en transe sous les vociférations d'un maître de cérémonie spectral relié à sa console par des électrodes monstrueuses. Certains drogués se transforment alors en tourbillons de matière anarchique, signe d'un départ proche, et Schwarzer, en grand uniforme, joue un simulacre de procès où reviennent les mots accomplissement, mort et pureté de la race. Les témoins reçoivent des flashs d'une immense cité souterraine et un sifflement strident, que Schwarzer compare au hurlement d'une locomotive, tandis que les Nephilim en transe se dématérialisent et « rejoignent le dernier camp ». Aucun humain n'assiste à cette cérémonie sans y périr. | |||
Certains drogués ne vont pas au bout du processus et s'enfoncent dans le [[Khaïba]] sans disparaître, simplement parce qu'ils ne sont pas prêts. Sur ordre de Schwarzer, ils sont saisis et conduits aux salles de torture du deuxième sous-sol pour un « traitement » destiné à les pousser plus loin. | |||
=== Les Luxifer === | |||
Les Luxifer dirigent les sabbats, souvent comme fondateurs maintenus à travers le temps, ou comme détenteurs d'une charge transmise à un favori. Ils ne sont pas nommés par le Prince, car ils doivent faire acte de candidature après la création d'un sabbat, ce qui explique l'existence de groupes encore non reconnus par l'Arcane XV malgré des activités florissantes. | |||
Un sabbat reçoit un statut particulier lorsqu'un Luxifer le dirige, et la différence se lit dans le réseau reliant les cellules de la grande toile de l'Arcane. Même sans structure contraignante, les sabbats d'Adoptés restent soudés par un attachement intense au Prince, comme si le relationnel compensait l'absence de structure. | |||
Le Luxifer prête serment au Prince durant un sabbat exceptionnel célébré la nuit de Walpurgis, quand plusieurs sabbats célèbres se rassemblent. Le rite reprend les textes canoniques de lutte contre le diabolisme, notamment le Malleus Maleficarum, et applique au Luxifer des tortures censées prouver la possession, aiguilles enfoncées jusqu'à trouver le point insensible où l'imaginaire médiéval plaçait la marque du diable. Par ces piqûres, le Prince instille un germe magique qui fait du Luxifer un serviteur éternel. | |||
=== Condition d'adoption === | |||
On devient [[Khaïba]] par accident ou par une pratique trop périlleuse de la magie [[Nephilim]], et cette nature même ouvre l'entrée dans l'Arcane. Des Luxifer spécialisés, les Lieutenants du Diable, approchent alors les Khaïba nouvellement formés pour les convaincre de rejoindre le Diable. | |||
Une rumeur plus inquiétante gagne du terrain, car la transformation Khaïba ne serait pas toujours accidentelle et pourrait relever d'une volonté extérieure. Le Prince recruterait de force par manipulation occulte, procédé difficile à provoquer mais redoutable, et [[La Tempérance (arcane majeur)|la Tempérance]] enquête sur cette méthode encore circonscrite. | |||
== Intrigues == | |||
Derrière les objectifs que l'on pourrait dire matériels, le Prince et l'Arcane XV portent un plan occulte d'une ampleur inimaginable, dont l'accomplissement bouleverserait la communauté [[Nephilim]]. Ce que les Fils des [[Éthers]] croient savoir n'est qu'un leurre, car le Diable n'est pas une somme de sabbats ni une simple fuite en avant dans la destruction, et l'Arcane XV se révèle au contraire d'un pragmatisme glacial. Luxifer, satanisme affiché et promesse de fusion élémentaire ne seraient qu'un masque de la réalité terrestre. | |||
Les ambitions du Prince dépassent pourtant ces apparences, et les [[Nephilim]] les plus avancés vers l'[[Agartha]] comprennent que les Adoptés du Diable sont en guerre ouverte contre la communauté. Peu devinent toutefois le gouffre du danger, car l'histoire « profane » de l'Arcane XV serait fausse, et l'objectif véritable viserait la destruction du royaume d'[[Agartha]] et l'annihilation des [[Nephilim]] Agarthiens. | |||
Le véritable repaire du Diable n'est pas une cave ou une forêt, mais un royaume immatériel au-delà du temps et de l'espace, comme un [[Akasha]] secret. Là se dresse une tour sans fin ni commencement perdu dans des ténèbres impénétrables, accessible à quelques serviteurs, et la tour n'est pas qu'un refuge, car elle constitue une arme et un réservoir d'énergie magique destiné à nourrir une attaque sans précédent sur l'Agartha et les royaumes qui s'y rattachent. | |||
En poussant les Adoptés à cultiver leur dégénérescence et à rêver la fusion élémentaire, l'Arcane les prépare au sacrifice qui nourrit l'Antémonde, axe magique de la tour. Aucun Adopté, pas même les Luxifer, ne sait ce qui l'attend au-delà, car on leur promet un « ailleurs » meilleur, alors que seuls les habitants de la Tour connaissent la vérité, et le sacrifice forcé correspond rarement aux aspirations secrètes des élus. | |||
Le Prince laisse chaque Luxifer suivre ses penchants, tant que le sabbat prépare les [[Nephilim]] au passage dans l'autre monde où leur transformation s'achève. Le moment est choisi par le Prince ou ses lieutenants, et alors les portes menant à la tour d'E-Temen-An-Ki, appelée Ziggourat, s'ouvrent pour les « élus », qui ne reverront généralement jamais le monde physique. | |||
Par un processus décrit plus loin, leur essence vient nourrir l'Antémonde, générateur destiné à déchirer la fabrique magique du monde et à ouvrir un passage vers les royaumes réputés inaccessibles des Agarthiens. Une fois ces royaumes réduits en poussière et les Agarthiens annihilés, le Prince pense que les autres Nephilim ne pourront plus s'opposer à lui, et il élargira les passages vers la Terre, y déversera ses armées et imposera un empire indestructible sur le monde des mortels. | |||
Ce plan, aussi démesuré soit-il, repose sur un travail de plusieurs millénaires, des dizaines et des dizaines de siècles où d'innombrables Adoptés se sont « sacrifiés » pour alimenter l'Antémonde. À l'approche de l'[[Apocalypse]], le Prince pourrait décider d'agir avant d'avoir atteint la charge voulue, et nul ne sait combien de temps le sépare de son objectif, un an, un siècle ou un millénaire, car dans le secret de son ziggourat il fourbit ses armes. L'offensive à venir apportera peut-être aux Nephilim les réponses qu'ils ont refusé de chercher. | |||
=== La Lame violée === | |||
Shaïtan, Prince de l'Arcane, possède la Lame originelle gravée par [[Akhenaton]] au terme de la quinzième quête, objet inestimable du mythe [[Nephilim]]. Elle fonde l'Arcane sur le plan matériel, mais surtout elle porte le message symbolique du pharaon libérateur, preuve que l'[[Agartha]] est possible et que le chemin reste ouvert. Dans toute l'Histoire Nephilim, on ne connaît pas de Lame détruite, ce qui rend plus terrifiant encore ce que Shaïtan accomplit dans le secret de sa résidence. | |||
Shaïtan est le seul Prince qui méprise la Lame dont il est dépositaire et nourrit une haine contre ce qu'elle signifie. Il a commencé à débiter la tablette, la découpant en fragments qu'il emploie dans des rituels impies impossibles autrement, ou qu'il confie à des sabbats, comme celui de la Rose Bleue, pour récompenser, afficher sa grandeur, ou alimenter des rites extrêmement gourmands en carburant magique. | |||
Il entama ce geste voilà deux siècles, fragment après fragment, mais sa folie l'a poussé à accélérer comme une toxicomanie, toujours plus de morceaux pour un même effet. La Lame a déjà perdu une part de sa charge, et au désir de profiter d'une manne sacrée succède une rage de destruction, une jouissance d'anéantir l'œuvre d'[[Akhenaton]], presque une mission furieuse que Shaïtan s'impose. | |||
Un problème plus vaste surgit alors, car si les tablettes d'Akhenaton garantissent que l'Agartha est possible et incarnent le [[Sentier d'Or]], la destruction progressive de l'Arcane XV ne risque-t-elle pas de fermer un chemin et d'effacer un aspect de l'Agartha. Personne ne peut prévoir les conséquences de cette détérioration, fermeture des portes d'illumination ou blessure durable de l'ordre cosmique. | |||
À moins que le dévoiement infligé par Shaïtan ne révèle que la destruction était inscrite dans la Lame elle-même, comme si le pharaon l'avait prévue. Alors, avec l'Apocalypse marquant la fin du premier cycle des Arcanes, l'ordre occulte pourrait se recomposer dans la brutalité, combats entre Lames, disparition de certaines, inversion de sens, comme si le Tarot devait être rebattu. | |||
Le pire est que les grands mages et les élites immortelles ne travaillent pas sur ce péril, faute d'en être avertis, alors que tous les [[Nephilim]] sur le Sentier d'Or sont concernés. Les indices restent dispersés, fragments dans des collections privées et des sabbats, attirance magique qu'ils exercent, et deux morceaux identifiés par hasard. L'un fut saisi par les Assassins et caché dans le paradis intérieur d'Alamut, le temps d'en percer le secret, l'autre fut offert par un fameux [[Selenim]], le Maître Vorshaarkaar, à l'un des mignons [[Nephilim]] de son royaume en gage d'alliance, mais les [[Mystères]] d'Hécate poursuivent déjà ce bénéficiaire. | |||
Les pouvoirs de la pierre restent obscurs, mais elle apporte une substance aux sortilèges, Nephilim ou non, comme une réserve de [[Ka]] d'une concentration inimaginable. Plus encore, la tablette, message d'Akhenaton, est vue comme un portail vers l'Agartha, un objet de contemplation qui ouvre le regard du Prince vers les royaumes secrets des Agarthiens et lui prescrit un gouvernement initiatique pour guider ses Adoptés. Briser cette porte et la disperser pourrait offrir des bribes de vision, dénaturées, à des êtres qui n'y avaient pas vocation, déclenchant messages prophétiques et illuminations insanes, et les [[Mystères]] semblent parmi les rares capables d'en tirer un usage cohérent et dangereusement efficace. | |||
=== L'Enfer : Nemeth et l'Antémonde === | |||
Le royaume spirituel de l'Arcane XV ressemble à un anti-[[Akasha]], dont les règles physiques s'opposeraient à celles des domaines subtils des Fils des [[Éthers]]. On pourrait le rapprocher des royaumes des [[Selenim]], mais Temen-An-Ki échappe à toute classification, et temps, espace et matière y deviennent fluctuants. Ce qui suit ne traduit qu'une portion immédiate de cette anti-réalité chaotique, [[Nemeth]], que l'on pourrait appeler l'anti-anti-monde. | |||
En apparence, [[Nemeth]] est une tour, perdue dans un océan de nuages noirâtres, parfois gazeux, parfois liquides, parfois solides, où planent d'immenses vautours aux ailes minérales. L'édifice, sculpté dans une roche noire réputée vivante, dresse une spirale d'arcades titanesques qui évoque la Babel peinte par Bruegel, et E-Temen-An-Ki signifie d'ailleurs Babel chez les Babyloniens, inspirés par les songes que la tour leur « envoyait ». Elle n'obéit pas à la gravité terrestre, n'a ni envers ni endroit, et celui qui gravirait ses escaliers cyclopéens reviendrait sur le même chemin, comme prisonnier d'un ruban de Moebius. Dans ces conditions, parler d'étages et de hauteurs n'est qu'une simplification. | |||
Le Prince de l'Arcane siège dans un étage invisible accessible à quelques privilégiés, relié à ses serviteurs par des capteurs magiques. Son trône conscient l'unit au monde extérieur et absorbe ses émotions, qui se matérialisent sur sa peau en cloques dont le liquide, soigneusement recueilli, est versé dans l'Antémonde pour l'infuser d'énergie. Les portes reliant la tour à notre monde, dont seuls les Saltimbanques connaissent les accès, aboutissent à un gigantesque hémicycle face au trône, où les visions du monde physique s'animent selon le bon plaisir du Prince, provoquant chez les acteurs terrestres, inconscients, de violentes crises de cauchemar. Nul autre que lui ne connaît le mot qui ouvre ces portes. | |||
Les accès extérieurs de [[Nemeth]] ressemblent le plus souvent à des ponts sinistres sans piliers, et une arche spectrale gardée par des soldats en armure annonce l'entrée dans le domaine du diable. Dès lors, la déchéance commence, et la société de la tour se divise en cinq classes liées à des fonctions distinctes. | |||
==== Les Fantassins ==== | |||
Les Fantassins sont les soldats du Diable et les gardes de [[Nemeth]], ceux qui déferleront un jour dans les royaumes agarthiens des [[Nephilim]]. Ils surveillent les entrées et protègent le Prince, et sont les premières créatures que verront les Adoptés quittant la Terre, même si la plupart demeurent inactifs pour l'instant. Leur armure médiévale ne contient rien de charnel, seulement un esprit en mouvement, et ils ne se dévoilent jamais, ne se disloquant que si l'armure de roche noire vivante est détruite, roche nourrie d'âmes concassées qui hurle au contact de l'organique. Il est probable que seule l'[[orichalque]] puisse l'endommager, et les Fantassins, sans intelligence ni conscience, sont programmés par les Artificiers, porteurs d'armes animés par la volonté universelle de l'Antémonde. | |||
==== Les Géniteurs ==== | |||
Les Géniteurs sont les techniciens de [[Nemeth]], semblables à des robots, mais intelligents et dotés d'une âme. Ils possèdent quatre bras fixés à un axe central, surmonté d'une capsule liquide où flotte un artéfact vivant, et ils se déplacent en lévitant à environ un mètre du sol. Leur cœur et conscience, prisonnier de la capsule, prend la forme d'un atome grossi des millions de fois, et l'électron unique qui tourne émet des vibrations proches d'un langage, comme si parole, cerveau et membres préhensiles suffisaient à leur œuvre. | |||
Ils guident d'abord les nouveaux arrivants vers les désincorporateurs qui achèvent la dissolution. Dans cette machine techno magique de tubes aspirants et de pistons grossiers, l'Adopté perd toute consistance, dans des souffrances pires que celles d'un [[Nephilim]] dont le [[pentacle]] est détruit. À la sortie, il n'est plus qu'esprit, mais pas encore en pureté élémentaire, et reçoit une enveloppe charnelle immuable, humanoïde, immatérielle mais visible, avant d'être lâché dans des labyrinthes obscurs occupant des étages entiers, dont l'unique issue est l'Antémonde. | |||
Ces labyrinthes purifient l'Adopté avant la dissolution, et ils sont peuplés d'[[effets Dragon]] mutants qui absorbent tout ce qui n'est pas le Ka-élément principal, résidus de Ka-éléments et reliquats de conscience attachés au monde matériel. Une fois la pureté atteinte, le corps artificiel s'approche de la colonne centrale brûlante et s'y fait aspirer, son Ka-élément rejoignant celui de milliers de prédécesseurs. Certains Adoptés, dans une proportion inconnue, seraient épargnés si leur Ka-élément dominant est puissant, et remis aux Artificiers pour devenir des Géniteurs. Seuls le Prince et quelques serviteurs doivent conserver une intégrité physique, tandis que les autres se fondent dans l'Antémonde en une conscience unique, pure énergie élémentaire dont les Artificiers feront les armes et les fantassins de demain. | |||
==== Les Artificiers ==== | |||
Les Artificiers sont architectes, ingénieurs, armuriers et bâtisseurs, ceux qui édifièrent en des temps immémoriaux la tour d'E-Temen-An-Ki pour satisfaire le Prince. Ils entretiennent les ponts d'accès, veillent sur l'Antémonde et recyclent son énergie pour forger des armes et fabriquer les Fantassins, tandis que leurs laboratoires volants sillonnent le mince espace séparant labyrinthes et colonne centrale. Les légions de Fantassins, construits à la chaîne, demeurent empilées et désactivées dans des étages obscurs, silencieuses, en attente de l'assaut final. | |||
La force des armées du Diable tient aux armes perfectionnées depuis des milliers d'années, dont les perforateurs capables d'ouvrir des brèches dans la fabrique spatio temporelle que les humains nomment réalité. Les Artificiers ont aussi conçu des artéfacts destinés à les rendre décisifs contre les royaumes agarthiens, notamment des disperseurs censés perturber la circulation des [[champs magiques]] des [[pentacle]]s et provoquer leur dissociation. D'autres dispositifs évoquant fusils et canons concentrent une énergie formée de Ka-éléments surconcentrés ou de [[Ka-Soleil]] perverti pour fixer ou détruire les Ka-éléments ennemis. | |||
Les armes sont stockées dans d'immenses arsenaux et testées en conditions dites réelles par des Saltimbanques, qui reviennent ensuite rapporter leurs observations. Toute arme jugée dépassée est détruite sans pitié et rejetée dans l'Antémonde, dont l'explosion libère l'énergie emmagasinée, évitant tout gaspillage. | |||
==== Les Consciences ==== | |||
Les Consciences constituent la mémoire de [[Nemeth]], et leurs bibliothèques occupent des étages entiers, où des coffrets hermétiques conservent les connaissances accumulées depuis des milliers d'années. Les douze Consciences, aussi anciennes que la tour, ne sont que des extensions physiques du Prince, et leur cerveau semi organique ne peut contenir qu'un volume limité d'informations. Lorsqu'un cerveau est plein, souvent rapidement grâce aux apports des Saltimbanques, il est remplacé, et l'ancien cerveau est rangé dans un coffret puis archivé. | |||
Un capteur magique lié au numéro de série du cerveau est greffé sur le crâne de la Conscience afin de maintenir un contact indirect. Un second capteur est fixé au trône du Prince, qui demeure ainsi relié à l'ensemble des informations de ses extensions et en reste l'unique dépositaire global, car tout renseignement acquis reste sa propriété. | |||
==== Les Saltimbanques (ou Mephistos) ==== | |||
Les Saltimbanques sont les véritables initiés de l'Arcane, les seuls [[Nephilim]], bien que [[Khaïba]], à connaître [[Nemeth]] et le Diable en personne. Agents de liaison et informateurs du Prince, ils passent l'essentiel de leur temps dans le monde physique, et sont rarement Luxifer, même si cela existe. On les décrit comme des émissaires de l'ombre, silhouettes imprévisibles, dépositaires de secrets et de pouvoirs inquiétants. | |||
Le Prince les autorise même à se faire passer pour lui lorsqu'il refuse de venir sur Terre. Les Luxifer qui ignorent les secrets de l'Arcane les craignent et les révèrent comme des divinités, car eux seuls, avec leur maître, connaissent l'emplacement des portes menant à Nemeth et les dispositifs d'ouverture. Ils sélectionnent les Adoptés jugés prêts à franchir le passage et à offrir leur existence élémentaire au tourbillon de l'Antémonde. | |||
Espions et informateurs, ils suivent aussi la guerre terrestre entre le Diable et les autres Arcanes, et s'aventurent parfois jusque dans les refuges akashiques ennemis pour en ramener des observations. Ils transmettent ensuite ces données aux Consciences, qui relaient à travers eux la volonté du Prince, assignant de nouvelles missions. | |||
Ils savent modifier l'apparence de leur [[simulacre]] pour masquer un [[Khaïba]] devenu monstrueux, et ils auraient même dépassé ce stade en le sublimant. Sous l'influence des brumes de Nemeth, leur Ka-élément dominant aurait muté, se séparant en cinq branches imitant les cinq éléments, mais ils seraient en réalité faits d'un seul élément unique qu'ils apprennent à modeler. Le Prince voit en eux les [[Nephilim]] d'un monde futur qu'il compte imposer après la défaite des Agarthiens. | |||
Dans [[Nemeth]] même, les Mephistos disposent d'observatoires gigantesques, télescopes aux lentilles opaques et instruments incompréhensibles reliés par des câbles de pierre vivante au brasier de l'Antémonde. Ces appareils sondent l'obscurité des [[Plans Subtils]], mesurent la distance magique et l'épaisseur de protection séparant Nemeth des royaumes agarthiens. Lorsque cette distance sera assez faible, ou si le Prince le décide, les perforateurs des Artificiers agiront, et les portes entre royaumes magiques et enfer de l'Arcane XV éclateront. | |||
== Figures == | |||
=== Orhm (sabbat du Soleil de Shaïtan) === | |||
Le sabbat du Soleil de Shaïtan est mené par un [[Khaïba]] principal, [[Orhm]], personnage clé de ce culte nocturne et figure centrale de son fatalisme, dont la présence aimante les humains autant qu'elle terrifie. | |||
Il demeure ordinairement dans un bois retiré, comme s'il ne supportait plus le monde ordinaire, et n'en sort que pour ordonner les croisées de routes et les rites de nouvelle lune qui fondent l'identité du sabbat. | |||
Orhm tolère mal la contradiction et façonne ses fidèles par la fascination, l'effroi et l'oubli, jusqu'à faire du carrefour un théâtre où la soumission devient acte volontaire et piège. | |||
{{PointderègleN2 | |||
|titre= Orhm, Khaiba principal du Soleil de Shaïtan | |||
|contenu= '''[[Simulacre]]''' : Nul. Sexe : Masculin. Âge : Inconnu. | |||
'''[[Ka]]''' : 40 — Terre 40, Lune 32, Feu 24, Air 16, Eau 08. | |||
'''Caractéristiques''' : Force 12, Constitution 16, Dextérité 8, Intelligence 12, Perception 15, Charisme 5. | |||
'''[[Métamorphe|Métamorphose]]''' : Oreilles découpées 3 ; Ongles démesurés 12 ; Peau moisie 9 ; Jambes arquées 8 ; Odorat surnaturel 8. | |||
'''Niveau social''' : — ; Opportunité : — ; Éducation : 9 ; Culture XXème siècle : 12. | |||
'''[[Sciences occultes]]''' : [[Basse Magie]] 90, [[Haute Magie]] 70, [[Sceaux]] 90, [[Œuvre au Noir]] 70. | |||
'''Compétences''' : Bagarre 30 %, Esquive 50 %, Humanités 50 %, Mythes & Légendes 90 %, Psychologie 80 %, Survie 60 %. | |||
'''[[Pentacle]]''' : Terre. | |||
'''Arcanes''' : Le Diable (XV). | |||
'''Histoire''' : Orhm est le Luxifer du Sabbat du Soleil de Shaïtan. | |||
}} | |||
=== Remus Luxifer (banquets de Stavioli) === | |||
[[Remus]] se présente comme l'héritier du mythe fondateur de Rome, prétendant avoir vécu l'existence du frère de Romulus, et s'auto proclamant huitième et dernier roi, successeur de Tarquin le Fier dont le règne s'acheva en 510 avant J.-C. Il rêve de restaurer une grandeur romaine fantasmée, mais n'est plus qu'un spectre luttant jour après jour pour conserver une apparence physique, réduit à un souffle d'outre tombe que des esclaves doivent presque traduire en paroles. | |||
Il hésite entre l'abandon final à sa déchéance, attiré par la Cité Éternelle que lui promet un visiteur et maître, et la poursuite de plaisirs et de pouvoir dans la villa Stavioli. Il se donne pour tâche d'entraîner ses sujets vers la dissolution, d'éteindre en eux la morale et les sentiments, et repousse son départ tant qu'il estime l'œuvre inachevée. | |||
Remus affirme que la souffrance humaine seule maintient sa présence, et ses serviteurs hypnotisés se sacrifient comme s'ils servaient la mort elle-même, conviction qu'il entretient par silence. Il jouit des viols et tortures commis devant lui, et lors de fièvres soudaines, les restes de son [[simulacre]], ancien [[Pyrim]], semblent brûler d'un feu bestial, enflammant ses vêtements, tandis qu'un ricanement spectral glace les témoins lucides. Il jure alors qu'il vient de « voir » Rome et que bientôt le sabbat en contemplera les splendeurs. | |||
{{PointderègleN2 | |||
|titre= Remus, Luxifer du Sabbat des Banquets de Stavioli | |||
|contenu= '''[[Simulacre]]''' : Remus, roi spectral. Sexe : Masculin. Âge : Inconnu. | |||
'''[[Ka]]''' : 34 — Terre 27, Lune 14, Feu 34, Eau 7, Air 20. | |||
'''Caractéristiques''' : Force 16, Constitution 14, Dextérité 6, Intelligence 15, Perception 14, Charisme 6. | |||
'''[[Métamorphe|Métamorphose]]''' : Yeux écarlates 3 ; Mains brûlées 4 ; Fièvre 13 ; Odeur carbonisée 7 ; Peau parcheminée 7. | |||
'''Niveau social''' : 16 ; Opportunité : 48 % ; Éducation : 17 ; Culture XXème siècle : 10. | |||
'''[[Sciences occultes]]''' : [[Basse Magie]] 90, [[Haute Magie]] 70 %, [[Sceaux]] 90 %, [[Pentacles]] 70 %, [[Œuvre au Noir]] 80 %. | |||
'''Compétences''' : Architecture 40 %, Histoire 80 %, Mythes & Légendes 63 %, Commandement 50 %, Intimidation 70 %, Psychologie 60 %. | |||
'''[[Pentacle]]''' : Feu. | |||
'''Arcanes''' : Le Diable (XV). | |||
'''Histoire''' : Luxifer du Sabbat de Stavioli. | |||
}} | |||
=== Janos Kek (sabbat de la Rose Bleue) === | |||
Autour de Kek, on rencontre des [[Khaïba]] dont l'intelligence vive contraste violemment avec une dégénérescence physique exacerbée. Ses comparses, chairs putrides et membres tordus, gueules de reptiles et bruits humides, évoquent une véritable assemblée de démons. | |||
Parmi eux se distingue Samauël, sourire goguenard et face froide, ancien [[Satyre]] désormais glabre, odeur rance, qui s'impose dans les conversations comme une présence malsaine. Avide d'informations et de profits, il fait chanter ses interlocuteurs pour obtenir ce qu'il veut, et laisse l'impression d'une rencontre dangereuse. | |||
On remarque aussi un personnage mystérieux qui demeure dans l'ombre, redingote noire, chemise blanche, sacoche de cuir serrée au corps, cigarette fumée lentement, observant les scènes les plus sordides avec lassitude. Il reste debout dans un coin ou allongé dans une alcôve, visage dissimulé ou brouillé par une lumière incertaine, et Kek ne lui accorde aucune attention comme si sa présence allait de soi. Aucun invité n'ose briser le silence, et l'inconnu disparaît soudainement comme il est venu. | |||
{{PointderègleN2 | |||
|titre= Janos Kek, Efreet Khaiba, Luxifer du Sabbat de la Rose Bleue | |||
|contenu= '''[[Simulacre]]''' : Janos Kek, collectionneur privé. Sexe : Masculin. Âge : 41 ans. | |||
'''[[Ka]]''' : 52 — Air 52, Eau 42, Feu 31, Lune 21, Terre 10. | |||
'''Caractéristiques''' : Force 10, Constitution 13, Dextérité 17, Intelligence 14, Perception 17, Charisme 15. | |||
'''[[Métamorphe|Métamorphose]]''' : Visage bleu 10 ; Mains floues 10 ; Peau transparente 5 ; Odeur de vase 4 ; Cheveux d'algues 4. | |||
'''Niveau social''' : 18 ; Opportunité : 54 ; Éducation : 17 ; Culture XXème siècle : 12. | |||
'''[[Sciences occultes]]''' : [[Basse Magie]] 90, [[Haute Magie]] 90, [[Sceaux]] 90, [[Pentacles]] 90, [[Œuvre au Noir]] 90. | |||
'''Compétences''' : Armes de poing 30 %, Escrime 35 %, Droit 60 %, Histoire 54 %, Mythes & Légendes 70 %, Psychologie 80 %. | |||
'''[[Pentacle]]''' : Air. | |||
'''Arcanes''' : Le Diable (XV). | |||
'''Histoire''' : Luxifer du Sabbat de la Rose Bleue. | |||
}} | |||
=== L'Oberfürhmeister Schwarzer (Wotan Club) === | |||
Au Wotan Club, la plupart des [[Nephilim]] cachent leurs difformités sous des déguisements, mais Schwarzer affiche sa dégénérescence avec fierté. Il mesure près de deux mètres cinquante, visage couturé de cicatrices, et fit retoucher ses uniformes SS par un tailleur sans scrupules. Il prétend avoir officié à Treblinka en 42-43 et avoir connu Hitler, et sa cruauté si manifeste a découragé toute vérification. | |||
Dans sa folie, Schwarzer affirme qu'Hitler et Satan ne font qu'un, et se croit investi d'une mission sacrée. Pour lui, le paradis est une prison où les forts oppriment éternellement les faibles, et son « maître », sans doute lié au mystérieux expéditeur des pilules, entretient cette croyance en ne la démentant jamais. Brute sans pitié ni morale, il accomplit sa tâche avec un zèle meurtrier qui le rend redouté jusque par ses compagnons. | |||
{{PointderègleN2 | |||
|titre= Schwarzer, Oberfürhmeister Khaiba du Wotan Club | |||
|contenu= '''[[Simulacre]]''' : Helmut Schwarz, propriétaire du Wotan Club. Sexe : Masculin. Âge : 45 ans. | |||
'''[[Ka]]''' : 60 — Terre 60, Feu 48, Lune 36, Eau 24, Air 12. | |||
'''Caractéristiques''' : Force 20, Constitution 20, Dextérité 10, Intelligence 6, Perception 10, Charisme 3. | |||
'''[[Métamorphe|Métamorphose]]''' : Œil crevé 15 ; Mains boursouflées 15 ; Peau de pierre 9 ; Odeur de sang 8 ; Jambes lourdes 8. | |||
'''Niveau social''' : 13 ; Opportunité : 39 % ; Éducation : 2 ; Culture XXème siècle : 11. | |||
'''[[Sciences occultes]]''' : [[Basse Magie]] 90, [[Sceaux]] 90 %, [[Pentacles]] 40 %, [[Œuvre au Noir]] 60 %. | |||
'''Compétences''' : Armes d'épaule 70 %, Bagarre 90 %, Couteau 65 %, Mêlée 55 %, Intimidation 90 %, Interrogatoire 70 %. | |||
'''[[Pentacle]]''' : Terre. | |||
'''Arcanes''' : Le Diable (XV). | |||
'''Histoire''' : Oberfürhmeister et Luxifer du Wotan Club. | |||
}} | |||
=== Le Prince Shaïtan === | |||
Shaïtan demeure un Prince dérangeant, trop étrange pour la fonction même qu'il incarne, et sa singularité laisse sentir qu'il y a, derrière la Lame, une déviation plus profonde que la simple folie d'un [[Khaïba]]. | |||
==== L'Adversaire ==== | |||
[[Akhenaton]] créa les 22 Arcanes après ses quêtes ésotériques, puis il les confia à des Princes afin qu'ils guident les [[Nephilim]]. Shaïtan reçut la tablette du Diable et porta dès l'origine une charge qui aurait dû mener à l'[[Agartha]], mais son chemin se tordit dans l'ombre. | |||
Shaïtan quitta l'Égypte avec la tablette, entouré de [[Roms]] voués à sa personne, et fonda un premier refuge où l'Arcane XV prit une forme concrète, déjà teintée d'errance et de secret. | |||
Les Roms du Diable devinrent des auxiliaires essentiels dans les recherches et les déplacements, ouvrant des routes et des caches, et consolidant autour de Shaïtan une communauté fidèle qui se vivait déjà comme un peuple à part. | |||
Peu à peu, Shaïtan se laissa glisser vers la haine, persuadé qu'Akhenaton l'avait trompé ou condamné, et l'Adversaire qu'il devint se construisit contre l'idée même d'une délivrance vers l'Agartha. | |||
Cette tendance, plus sombre, finit par l'emporter, car elle offrait une cohérence brutale et une efficacité que la voie première n'apportait plus, et Shaïtan transforma la Lame en instrument de rancœur. | |||
Puisque Shaïtan fit diverger le sens de la Lame, on peut supposer qu'Akhenaton n'avait pas prévu un Prince pareil, ou qu'il avait, au contraire, laissé une faille volontaire pour éprouver la destinée des Arcanes. | |||
'''Périodes d'incarnation''' : | |||
* [[Rêve d'Akhenaton (époque)|Le rêve d'Akhenaton (-1350)]] : Shaïtan reçoit la tablette du Diable des mains d'Akhenaton et part fonder le premier refuge de l'Arcane. | |||
==== La naissance du Khaiba ==== | |||
Tout cela ne fut qu'un prélude, car Shaïtan, engagé dans une déchéance progressive, s'approcha d'une première rupture intérieure qui devait l'arracher à la voie attendue d'un Prince. | |||
Une jeune fille apparaît au cœur de ce récit, réelle ou fantôme, errant peut-être dans les cauchemars de Shaïtan, et l'incertitude même nourrit l'idée d'un basculement. | |||
L'innocence fut la perte du Diable, car les rêves lourds et capiteux de Shaïtan l'obsédèrent, et la pureté qu'il ne pouvait plus atteindre devint un poison. | |||
Dans ce chagrin, Shaïtan rompit définitivement avec ce qu'il restait de son serment, ivre de colère, comme s'il choisissait consciemment l'Adversaire plutôt que le guide. | |||
C'est alors que Shaïtan subit la première transformation [[Khaïba]], et cette métamorphose scella une nouvelle nature qui allait contaminer toute l'Arcane XV. | |||
==== La Convulsion ==== | |||
La Convulsion désigne le long retrait de Shaïtan hors du monde, un temps d'isolement où il se replia dans une nuit intérieure et prépara une nouvelle forme de règne. | |||
À l'issue de cette période, Shaïtan institua un nouveau sabbat en reliant des groupes disparates, comme s'il recomposait son Arcane à partir d'une vision devenue étrangère à l'[[Agartha]]. | |||
Il adopta enfin les traits et la posture qu'on lui connaît, non comme un masque, mais comme une proclamation de ce qu'il était devenu, un Prince qui assume le renversement. | |||
Son mépris absolu de l'existence matérielle des humains tranche avec l'usage qu'il en fait, car il les traite comme des instruments ou des offrandes, sans leur accorder de valeur. | |||
Quand il se déplace, il s'entoure de nains difformes, dont Diez, serviteur grotesque, comme si la procession elle-même devait rappeler la dérision et la cruauté de son monde. | |||
== Relations == | |||
=== Les autres Arcanes majeurs === | |||
Le Diable entretient des rapports exécrables avec la plupart des autres Lames, tant sa présence évoque une menace directe et une perversion de la voie des Princes. | |||
Pour l'instant, [[La Tempérance (arcane majeur)|la Tempérance]] demeure l'une des rares à tenter un geste, comme si elle cherchait encore à saisir un fil de rédemption, malgré la noirceur de l'Arcane XV. | |||
=== Les Templiers === | |||
Le Bâton combat le Diable depuis longtemps dans ses formes exotériques, et les [[Templiers]] voient dans l'Arcane XV une abomination à éradiquer, surtout lorsque ses sabbats frôlent les secrets cathares et les lieux comme Montségur. | |||
=== Les Mystères === | |||
L'Épée paraît n'entretenir aucun rapport visible avec le Diable, mais cette absence pourrait masquer des affrontements plus discrets. Les [[Mystères]] d'Hécate, notamment, poursuivent déjà les fragments de la Lame et les bénéficiaires imprudents. | |||
=== Les Rose+Croix === | |||
Dans la mesure où Shaïtan envisage d'attaquer [[Agartha]], les [[Rose+Croix]] prennent la menace au sérieux, car leur vision de la voie initiatique se heurte frontalement au projet d'annihilation des Agarthiens. | |||
=== La Synarchie === | |||
Le Denier semble décidé à lutter contre le Diable, qui incarne pour la [[Synarchie]] une opposition radicale à l'ordre qu'elle prétend assurer, et l'affrontement pourrait devenir central à l'approche de l'[[Apocalypse]]. | |||
{{references}}[[Livre de Base II (supplément)|Livre de Base II]], p.49<br />[[Figures (supplément)|Figures]], pp.29.33.38-41<br />[[Arcanes Majeurs (supplément)|Arcanes Majeurs]], p.75<br />[[Assemblée du Seuil (supplément)|Assemblée du Seuil]], p.26<br />[[Testament (supplément)|Testament]], pp.122-123<br />[[Mat (0) (supplément)|Mat (0)]], pp.24.26-27<br />[[Lune (18) (supplément)|Lune (18)]], p.32<br />[[Soleil (19) (supplément)|Soleil (19)]], p.31<br />[[Chroniques de l'Apocalypse 2b (supplément)|Chroniques de l'Apocalypse 2b]], p.5<br />[[Exils (supplément)|Exils]], p.27<br />[[Impératrice (3) (supplément)|Impératrice (3)]], p.31<br />[[Ka (supplément)|Ka]], pp.67.83.102<br />[[Roue de Fortune (10) (supplément)|Roue de Fortune (10)]], pp.6.30<br />[[Chroniques de l'Apocalypse 5a (supplément)|Chroniques de l'Apocalypse 5a]], pp.47.49<br />[[Mort (13) (supplément)|Mort (13)]], p.26<br />[[Selenim I (supplément)|Selenim I]], pp.Selenim.I.p52<br />[[Compagnon (supplément)|Compagnon]], pp.37.105.119.121.137.141<br />[[Arthuriades (supplément)|Arthuriades]], pp.100.51<br />[[Livre de Base I (supplément)|Livre de Base I]], pp.47.98<br />[[Arcanes Majeurs NL (supplément)|Arcanes Majeurs NL]], pp.93-96<br/>[[Templiers NL (supplément)|Templiers NL]], pp.137-138 | |||
{{voiraussi}}[[Années noires +1933/1945]], [[Antéroi]], [[Arcanes majeurs]], [[Arthuriades +400]], [[Attuku]], [[Babylone]], [[Belzebuth]], [[Borgia]], [[Cénacle]], [[Croisades]], [[Culte de Lilith]], [[Dévoreur (Dragon)]], [[Enfant du Mat]], [[E-Temen-An-Ki]], [[Etendard tilfiridien]], [[Fronde +1650]], [[Héritiers d'E-Temen-An-Ki]], [[Invasion silencieuse]], [[Khaïba]], [[Lion Vert]], [[Marais de fens]], [[Mazarin]], [[Nemeth]], [[Prague]], [[Projet Mercure Rouge]], [[Renaissance Italienne +1534]], [[Révolte des douzes rois]], [[Rodolphe II]], [[Sabbat]], [[Shaïtan]], [[Thule Brudershaft]], [[Tibère Ingbrus]]{{faction}} | |||
Dernière version du 1 avril 2026 à 23:34
Prince actuel Shaïtan
Ancien Prince Aucun
ArKaNa Aucune
Demeures philosophales Sabbats
Maison astrologique La Maison 2 du Pied-bot
L'Arcane XV, Le Diable, est l'un des Arcanes Majeurs les plus redoutés, car il rassemble les Nephilim qui ont cessé de tendre vers la Sapience et se sont abandonnés au Khaïba. Sous l'autorité du Prince Shaïtan, l'Arcane mêle sabbats humains, monstruosité assumée et desseins occultes dont l'ombre dépasse largement le folklore sataniste.
Le Stellaire
Le Stellaire du Diable est de type plomb lunatique froid. Il dépend de la Maison 2 du Pied-bot.
L'esprit de la Lame
La quinzième quête d'Akhenaton conduit à la Lame du Diable et à l'épreuve la plus dangereuse, celle où l'Immortel doit regarder en face la tentation de renoncer à la voie intérieure.
Même s'il demeure l'une des images les plus terrifiantes du tarot, le Diable y apparaît sous une figure presque « classique ». Debout sur un bloc de pierre, il porte des ailes de chauve-souris, des cornes recourbées, une torche enflammée et un geste de sagesse, tandis que les quatre éléments se lisent sur son corps, l'air dans les ailes, l'eau dans les écailles du bassin, la terre dans les sabots et les cornes de bouc, le feu dans la torche. Sur son sexe, le symbole de Mercure proclame le triomphe du matériel sur le spirituel, comme si l'Arcane XV préparait une victoire physique et terrestre au jour du Jugement Dernier, tandis que deux humains cornus, homme et femme, restent enchaînés au même anneau du roc.
Par cette lame, Akhenaton désignait les Nephilim qui abandonnent la Sapience pour n'écouter que leurs instincts, leur Khaïba. Certains y voient un être spirituellement entravé aux démons du corps, incapable de rejoindre l'Agartha malgré ses ailes, ou refusant d'y monter par choix. D'autres soutiennent au contraire que le Diable tient ses captifs à ses pieds, humains et Nephilim soumis à sa volonté, aveuglés par le feu rédempteur de sa torche.
Arcane des passions néfastes et des appétits qui dévorent, pouvoir matériel, égoïsme, pulsions et instinct, la Lame accueille tous les Nephilim en Khaïba. Loin de vivre cette dégénérescence comme une malédiction, les Adoptés la revendiquent comme une fierté et une promesse.
Histoire
Toutes les époques ont forgé leurs sabbats et leurs noms du diable, depuis les démons mésopotamiens et les démons-mouches de la Perse jusqu'aux enfers d'Égypte, à ceux de Dante et de Virgile, aux rituels païens sous la Rome antique, puis aux sorcières du Moyen Âge et aux occultistes des siècles derniers.
Les membres de l'Arcane XV prétendent que ces croyances furent nourries par les manœuvres occultes du Diable, mais une telle idée laisse un vide troublant, car elle supposerait des siècles d'agitation sans finalité claire. La souffrance, la monstruosité et la dégénérescence ne peuvent pas, à elles seules, expliquer l'énigme d'une Lame que les Nephilim disent forgée par Akhenaton pour avertir les Fils des Éthers des périls de leur condition, et il paraît invraisemblable qu'elle n'ait servi qu'à produire de modestes sabbats sans dessein profond.
D'autant que les rites du Diable lui valurent plus d'inimitiés que tous les autres Arcanes réunis, entre les persécutions de l'Église et l'action des Templiers. La plupart des Nephilim ont longtemps vu les Adoptés de l'Arcane XV comme des monstres ou des ennemis, et certains ont interprété le regain d'intérêt occidental pour le diable au XIXe siècle comme une manœuvre de réhabilitation orchestrée par la Lame elle-même.
Les Adoptés de la Justice et de la Tempérance ne s'y trompent pas et considèrent que le « discours » du Diable, lorsqu'il existe, n'est qu'un rideau de fumée. Rien n'y dessine une cohérence, ni credo, ni découverte revendiquée, seulement une suite de conflits, de fuites et de renoncements face au monde extérieur.
L'apocalypse comme synthèse
Les Nephilim « traditionnels » ne pardonnent pas aux Adoptés de l'Arcane XV d'embrasser leur condition avec une ferveur si affichée. Ils les voudraient repentants et isolés, et s'effraient de les voir se rassembler et revendiquer leur monstruosité, au point que certains avouent désormais ne plus savoir pourquoi Akhenaton créa le Diable. Pourtant, le Diable n'est pas une Lame vaine, et sa véritable finalité pourrait n'apparaître qu'en des circonstances extrêmes, comme si l'Apocalypse seule pouvait en révéler la synthèse.
Organisation
Parler d'organisation pour l'Arcane XV reste presque une abstraction, car il s'agit d'imposer un schéma à une réalité fuyante. Le Prince a fixé une structure pour se fondre dans la masse, ou par ironie, mais l'essentiel s'est dessiné au fil des siècles par les pratiques des membres plus que par une autorité constante. Au bout du compte, ce sont les usages du Diable qui ont façonné un découpage sommaire.
Les sabbats
Les sabbats réunissent les Adoptés autour de rites choisis, et chaque groupe se définit d'abord par l'ambiance, les références et les goûts de ceux qui l'animent. On n'y trouve pas un programme imposé de l'extérieur, mais une fête qui frôle la folie, où l'expression de soi devient délire et enthousiasme antique. Pourtant, cette liberté reste tenue par une exigence centrale, l'adoration d'une figure à laquelle chacun se soumet, et cette soumission, d'abord consentie, glisse souvent vers la contrainte et la torture.
L'essence des sabbats tient dans l'abandon aux instincts enfouis, ce que nul autre Arcane ne pousse à ce point. Or les pulsions d'un Khaïba diffèrent radicalement de celles d'un Nephilim « sain », et cette différence rend l'Arcane XV presque inconcevable pour les autres Lames, hormis peut-être la Tempérance dans une certaine mesure, tant l'esprit d'un Khaïba voué au Diable échappe à leurs repères.
Chaque sabbat est placé sous l'autorité d'un Luxifer, mais la hiérarchie demeure mouvante et se nourrit des rapports personnels qui se tissent et se défont avec le temps. Le Luxifer seul est censé s'adresser au Prince, encore faut-il que l'un ou l'autre le souhaite, car il arrive que le Prince cherche à approcher ses Adoptés sans intermédiaire, retiré du monde tout en errant discrètement parmi ses fidèles.
Les sabbats ne suivent pas non plus une logique territoriale stable, même s'ils existent dans de nombreux pays. Leur rareté tient à la difficulté des Khaïba à se mêler au monde commun et au fait qu'ils sont moins nombreux que les Nephilim.
Le Sabbat du Soleil de Shaïtan
Ce sabbat se déplace dans une même région, principalement l'Hérault et le Gard, terres sèches de garrigues et de reliefs, où l'on sent la dureté d'une existence écrasée par un soleil implacable que les Cathares disaient être celui de Satan. Il se nourrit d'une vision fataliste d'un monde voué au mal, et si cette perspective reste humaine, les Khaïba du Soleil de Shaïtan adoptent un schéma de pensée qui évoque parfois celui des Nephilim du Jugement. Ils n'attendent toutefois pas l'Apocalypse, car ils agissent ici et maintenant pour leurs objectifs.
Le lien avec les Cathares ne dépasse guère ce fatalisme, même si certains Templiers familiers du catharisme ont signalé la présence de Khaïba sur des lieux comme Montségur. Plusieurs y ont laissé la vie, mais des échos sont parvenus jusqu'à la commanderie locale, trop peu pour prouver une récupération du savoir occulte cathare, assez pour nourrir un doute inquiétant sur les véritables ambitions de l'Arcane XV. Si l'Ordre du Bâton se mettait à s'y intéresser, le soupçon pourrait devenir dangereux.
Le Sabbat du Soleil de Shaïtan se tient toujours à une croisée de routes peu fréquentées, selon une tradition médiévale qui voyait dans ces lieux un appel au diable. Il ne s'agit jamais du même carrefour, par prudence et pour préserver la charge symbolique, et le sabbat migre environ à chaque nouvelle lune. Trois à quatre carrefours sont réputés particulièrement puissants, tant ils furent utilisés depuis des siècles, si bien que des archives locales conservent des traces, parfois des accessoires abandonnés, et l'enquêteur avisé peut y deviner la piste d'un sabbat contemporain derrière des scènes caricaturales héritées de l'imaginaire médiéval.
Ces carrefours portent une ambiance reconnaissable pour l'occultiste, mais restent banals au profane, talus d'herbes mauvaises, croix vieillie dont la foi des hommes s'est retirée, et rien que la lune puisse dénoncer comme maléfice évident.
Pour les adeptes, au contraire, le croisement des routes devient symbole d'errance et de voyage sans fin dans un monde impitoyable, lieu de rencontre pour des réprouvés, mendiants de la magie et déchus parmi les déchus, réunis en un endroit qui n'est jamais vraiment habité. Le carrefour ouvre aussi sur les points cardinaux, comme si l'on pouvait y tourner les maléfices vers tous les vents.
Le sabbat est conduit par Orhm, Luxifer qui rassemble les participants et ordonne le rite, en reprenant des pratiques largement décrites au Moyen Âge. Les acteurs viennent séparément et ne se rencontrent qu'au lieu du rite, vivant autrement sans se revoir, et ils auraient peu de chances de se reconnaître dans la vie « normale ». L'influence d'Orhm ajoute un voile sur leurs esprits, rendant flou le souvenir de leurs compagnons nocturnes.
La plupart des participants sont des humains, ce qui reste exceptionnel, car les Immortels mêlent rarement les hommes à leurs rites, exception faite du Bateleur. Plus paradoxal encore, la monstruosité des Nephilim Khaïba devrait dissuader tout contact, mais le goût d'Orhm pour les hommes et son charisme inquiétant ont rendu cette collusion possible.
Les rites célèbrent des forces maléfiques que les participants croient sentir autour d'eux, et qu'Orhm identifie comme des champs magiques dont les effluves lui sont devenus insupportables. Il paraît reconnaître, avec une précision presque maladive, des relents de Ka-éléments Nephilim dispersés, comme si sa paranoïa avait aiguisé sa perception sur le plan magique.
Le sabbat dérape souvent par la volonté des participants, tandis qu'Orhm reste en retrait et savoure le spectacle. La débauche se mêle à la cruauté, à la scatologie, parfois au meurtre, et les acteurs se couvrent de peaux sanguinolentes, célèbrent des messes noires aux accents païens, se persuadent de se changer en porc, chat, chien ou chèvre, selon des superstitions paysannes archaïques. Orhm croit initier ces hommes et ces femmes à une « vraie » nature, celle du mal et de la cruauté, et prétend préparer une renaissance d'humanité brute, rêvant d'une Atlantide noire et sauvage.
Le soleil maléfique demeure le cœur de ce sabbat, car les humains semblent puiser inconsciemment dans leur Ka-Soleil pour nourrir les ressources magiques d'Orhm. Ce Ka-Soleil serait offert au Diable dont Orhm se veut le regard, mais nul ne sait ce qu'il devient, pas même le Luxifer.
Le Sabbat des banquets de Stavioli
À une trentaine de kilomètres à l'ouest de Rome, sur des hauteurs, la villa Stavioli fut édifiée en 1540 par une famille noble disparue, et se dit aujourd'hui abandonnée pour insalubrité. Façades lourdes en ruine, escalier menaçant, galeries jonchées de débris, fontaine tarie, elle échappe aux guides comme si l'on voulait l'effacer, et c'est sans doute mieux ainsi, car elle abrite un sabbat parmi les plus étranges et les plus répugnants.
Autour de Remus Luxifer, qui se proclame huitième et dernier roi, les membres rêvent des banquets de Rome décadente et cherchent l'extase et la transmutation dans des libations interminables. Le sabbat compte surtout des nains et des géants, voués à boire et dormir, jusqu'à briser leurs simulacres déjà rongés par le Khaïba, et ils font de cette déchéance une finalité. Dans les sous-sols, une cour nauséabonde se presse autour d'un monarque impassible, dans une mer de déjections, de sang coagulé et de débris, nourrie à même le sol sur des divans défoncés.
Au plafond, d'énormes cages rouillées contiennent les « frères » les plus monstrueux, honorés comme des divinités. Les Adoptés leur donnent des noms comme Apollon, Vulcain, Neptune ou Proserpine, persuadés que ces abominations montrent la voie du salut. Parfois paraît un visiteur étrange, vêtu comme un noble italien du siècle dernier, d'une proportion parfaite, immobile dans l'ombre durant de longues heures, visage interdit à tous, mais auquel Remus témoigne une déférence absolue. Lorsqu'il s'en va, il emporte un ou plusieurs de ces « dieux », et ceux qui restent comprennent qu'ils ne les reverront jamais.
Les membres du sabbat vivent presque coupés du monde, se contentant de vin et de nourriture apportés par de jeunes esclaves humains. Drogués par ordre de Remus, paralysés par la terreur, souvent orphelins ou fugueurs, ils ne songent pas à trahir, forcés de se présenter nus et livrés aux assauts des Adoptés qui veulent souiller toute pureté. La vie d'un esclave dépasse rarement un an, et les jeunes femmes meurent plus vite encore, sacrifiées et dévorées avec leur fœtus dès qu'elles deviennent enceintes, tandis que les hommes finissent livrés à d'énormes molosses enchaînés aux étages supérieurs pour décourager les visiteurs.
La police italienne s'est intéressée à Stavioli il y a quelques années, mais le mystérieux visiteur intervint, exhiba des documents anciens et authentiques, se déclara propriétaire et fit cesser l'enquête, nul ne sachant comment. Depuis, toute velléité d'investigation est étouffée, et l'éloignement protège les orgies. Même l'attention des Nephilim de l'Amoureux fut écartée pour un temps, après que trois Adoptés de l'Arcane VI furent torturés et forcés de signer un pacte absurde.
Deux ou trois fois dans l'année, les orgies atteignent un paroxysme lors des « fêtes élémentaires », quand les Adoptés cherchent le coma éthylique. Certains égorgent des esclaves et boivent le sang sur les murs de la cave, tandis que les « dieux » en cage se mutilent et se dévorent, pris d'une frénésie extatique. Tous espèrent gagner un nouveau palier de dégénérescence, attirer l'attention de Remus et être recommandés au visiteur lors d'une prochaine venue. En communiant avec l'esprit du champ magique le plus proche, ils croient se rapprocher de leur état élémentaire et d'un plan d'existence supérieur, débarrassés des oripeaux physiques qu'ils abhorrent.
Le sabbat de la Rose Bleue
À Budapest, côté Pest, ce sabbat occupe un vaste appartement dans un immeuble massif à la façade noircie et criblée de balles, mémoire de combats anciens. Le quartier reste calme le jour, puis s'embrase la nuit entre bars et musique, et les acteurs du sabbat observent la jeunesse depuis leurs fenêtres comme une proie offerte, « poissons » d'un aquarium nocturne.
Le décor affiche une richesse sans ostentation et cultive un goût dix-neuvièmiste, tentures lourdes, velours, salons faiblement éclairés, comme une nostalgie de siècle finissant. Un buste de Lord Byron domine une cheminée moderne qui entretient un feu permanent, et sur la porte, un heurtoir en serpent cornu, muet, sert de signal magique, détectant les effluves du Khaïba et n'ouvrant qu'à cette condition.
Beaucoup d'Adoptés connaissent l'adresse sans en être des habitués, car la réputation a débordé et toucherait une bonne trentaine de Khaïba en Europe, surtout en Europe de l'Est. Cette célébrité tient à la beauté du lieu, propice aux intrigues du Diable, et à la personnalité du Luxifer Janos Kek, dont le nom signifie « bleu » en hongrois, et qui attire autour de lui des figures charismatiques.
Sous l'apparence d'un salon où l'on cause, la Rose Bleue abrite des scènes majeures de la vie de l'Arcane. C'est une tête de pont en Europe de l'Est, devenue terrain de chasse après des années de confinement politique, et l'on dit que des dignitaires très élevés y passent, peut-être le Prince lui-même, sans que nul puisse l'affirmer. On y croise aussi des chefs de factions militaires liés à des mouvements secrets ou à des gouvernements, des Selenim de la Lune Noire qui y trouvent une zone neutre, et parfois de rares Nephilim éminents, jamais présents sans raison sombre, quête de renseignement ou offre malsaine.
Le nom de Rose Bleue vient d'un récit que Janos Kek livre aux nouveaux venus, celui d'une rose mystérieuse cueillie le jour de sa métamorphose en Khaïba, pétales bleutés luisant sous la lune. La version change selon l'humeur de Kek, et certains y lisent l'appel du Prince, séduisant un Nephilim précieux par un symbole de félicité, comme une promesse d'Agartha. D'autres n'y voient que la pureté perdue, le rêve d'un Khaïba qui ne sera plus l'être de poésie et de romance qu'il fut.
Quoi qu'il en soit, Kek anime son sabbat par l'érudition, la perversité et des relations troubles qu'il convoque pour renouveler l'intérêt des soirées. Une société décadente d'esthètes et de désabusés s'y agrège, maîtres de jeux morbides et d'avilissement.
Les activités gravitent autour du thème de la jeunesse, car les invités de Kek recherchent les énergies fraîches des âmes et des corps, humains comme Nephilim. Ils choisissent parfois une victime parmi la faune nocturne de Pest, la capturent, la torturent avec une cruauté prétendument « artistique », et s'attribuent des titres comme Maître de la Défiguration ou Roi des Plaies. Les victimes ne quittent pas l'appartement et finissent dans la collection privée de Kek, un atelier de statues et de chevalets où les cadavres et les agonisants sont maintenus artificiellement par la magie khaiba.
La compagne de Kek est une Ondine dont le simulacre gracieux a depuis longtemps cédé aux difformités écailleuses. Personne ne sait si elle était déjà khaiba ou si Kek l'y poussa par cruauté ou peur de la solitude, et l'on murmure que l'ancienne chevelure de l'ondine fut peut-être la rose bleue de l'anecdote.
Le sabbat ne se définit pas par la collection d'objets, mais Kek protège un fragment fascinant, un morceau de pierre semblable à un marbre luminescent sans équivalent connu. Enfermé dans un coffret résistant aux armes, à l'orichalque et à de nombreux sortilèges, le fragment attire tant que Kek dut repousser des tentatives de vol d'hôtes ambitieux sans même leur montrer le trésor. Son aura se percevrait en vision-Ka à distance, et certains initiés chuchotent qu'un dignitaire très élevé de l'Arcane l'aurait déposé chez Kek, cadeau ou mesure de sécurité.
Le Wotan Club
Dans les quartiers chauds de Berlin, le Wotan Club se présente comme une boîte techno indus à tendance SM affichée, théoriquement ouverte à tous, mais la plupart des clients n'y reviennent pas après la première nuit. L'établissement, tenu par l'Oberfürhmeister Schwarzer, géant défiguré en uniforme nazi, traîne une réputation sombre, sans que le public soupçonne les exactions des habitués. C'est le repaire d'un sabbat violent qui a fait de la souffrance son commerce.
Le premier sous-sol est une piste « classique » au décor malsain, réservée à une clientèle masculine, skins néo-nazis et yuppies décadents en quête de frissons. Dans un coin se dresse un vieux wagon cabossé que la rumeur relie à un convoi vers les camps de la mort, et l'intérieur aligne des photos retouchées de dirigeants nazis autour d'un bar aux boissons au nom évoquant les camps de concentration. Des barres de fer tordues, des matelas maculés et des menottes fournies par la direction offrent un terrain aux fantasmes, et malgré des incidents, les autorités, grassement soudoyées, se contentent d'avertissements de façade.
La musique y est martiale, entre techno-core et formations néo-nazies, et ceux qui s'y produisent ne reviennent jamais. Ici, la violence n'est pas réprimée, elle est encouragée, et le service d'ordre, en uniforme de l'armée allemande, masque de bourreau au visage, se mêle parfois à la foule, distribuant des décharges de matraques électriques au plus fort de l'agitation.
Le second sous-sol est le véritable club SM et le lieu des sabbats des Adoptés, propriétaires du Wotan Club. C'est un musée de l'horreur composé d'alcôves et de salles secrètes qui rejouent des cachots et salles de torture à travers les époques, de la salle d'opération nazie à la cave sud-américaine, des geôles moyenâgeuses aux motels « spécialisés ». La torture s'y pratique avec ou sans consentement, et l'attirail, tenailles, bougies, fers, pinces et pistolets à clous, suffirait à faire pâlir les plus endurcis.
Les Nephilim du Wotan Club affirment que la souffrance est une fin, et leur credo suit deux axes. Celui qui inflige, toujours un Adopté, nourrit son Khaïba et accélère sa dégénérescence, tandis que celui qui reçoit serait purifié et entreverrait le Paradis, « der Himmel ». Himmel devient leur terre promise, une anti-Agartha, et ils croient qu'un humain placé dans certaines conditions peut « voir » ce paradis et pressentir le monde quand le Diable viendra reprendre ce qui lui est dû, tandis que les Nephilim espèrent y accéder au terme de leur dégénérescence.
Schwarzer croit même pouvoir y envoyer des humains comme esclaves, s'il parvient à simuler en eux les effets du Khaïba, mais ses expériences médicales n'ont donné que des morts. Chaque mois, il trouve dans son bureau, une salle de torture façon Inquisition au deuxième sous-sol, un colis anonyme contenant des pilules réservées aux membres jugés méritants et aux humains capturés.
Lors de soirées privées particulièrement violentes, les Nephilim entrent en transe sous les vociférations d'un maître de cérémonie spectral relié à sa console par des électrodes monstrueuses. Certains drogués se transforment alors en tourbillons de matière anarchique, signe d'un départ proche, et Schwarzer, en grand uniforme, joue un simulacre de procès où reviennent les mots accomplissement, mort et pureté de la race. Les témoins reçoivent des flashs d'une immense cité souterraine et un sifflement strident, que Schwarzer compare au hurlement d'une locomotive, tandis que les Nephilim en transe se dématérialisent et « rejoignent le dernier camp ». Aucun humain n'assiste à cette cérémonie sans y périr.
Certains drogués ne vont pas au bout du processus et s'enfoncent dans le Khaïba sans disparaître, simplement parce qu'ils ne sont pas prêts. Sur ordre de Schwarzer, ils sont saisis et conduits aux salles de torture du deuxième sous-sol pour un « traitement » destiné à les pousser plus loin.
Les Luxifer
Les Luxifer dirigent les sabbats, souvent comme fondateurs maintenus à travers le temps, ou comme détenteurs d'une charge transmise à un favori. Ils ne sont pas nommés par le Prince, car ils doivent faire acte de candidature après la création d'un sabbat, ce qui explique l'existence de groupes encore non reconnus par l'Arcane XV malgré des activités florissantes.
Un sabbat reçoit un statut particulier lorsqu'un Luxifer le dirige, et la différence se lit dans le réseau reliant les cellules de la grande toile de l'Arcane. Même sans structure contraignante, les sabbats d'Adoptés restent soudés par un attachement intense au Prince, comme si le relationnel compensait l'absence de structure.
Le Luxifer prête serment au Prince durant un sabbat exceptionnel célébré la nuit de Walpurgis, quand plusieurs sabbats célèbres se rassemblent. Le rite reprend les textes canoniques de lutte contre le diabolisme, notamment le Malleus Maleficarum, et applique au Luxifer des tortures censées prouver la possession, aiguilles enfoncées jusqu'à trouver le point insensible où l'imaginaire médiéval plaçait la marque du diable. Par ces piqûres, le Prince instille un germe magique qui fait du Luxifer un serviteur éternel.
Condition d'adoption
On devient Khaïba par accident ou par une pratique trop périlleuse de la magie Nephilim, et cette nature même ouvre l'entrée dans l'Arcane. Des Luxifer spécialisés, les Lieutenants du Diable, approchent alors les Khaïba nouvellement formés pour les convaincre de rejoindre le Diable.
Une rumeur plus inquiétante gagne du terrain, car la transformation Khaïba ne serait pas toujours accidentelle et pourrait relever d'une volonté extérieure. Le Prince recruterait de force par manipulation occulte, procédé difficile à provoquer mais redoutable, et la Tempérance enquête sur cette méthode encore circonscrite.
Intrigues
Derrière les objectifs que l'on pourrait dire matériels, le Prince et l'Arcane XV portent un plan occulte d'une ampleur inimaginable, dont l'accomplissement bouleverserait la communauté Nephilim. Ce que les Fils des Éthers croient savoir n'est qu'un leurre, car le Diable n'est pas une somme de sabbats ni une simple fuite en avant dans la destruction, et l'Arcane XV se révèle au contraire d'un pragmatisme glacial. Luxifer, satanisme affiché et promesse de fusion élémentaire ne seraient qu'un masque de la réalité terrestre.
Les ambitions du Prince dépassent pourtant ces apparences, et les Nephilim les plus avancés vers l'Agartha comprennent que les Adoptés du Diable sont en guerre ouverte contre la communauté. Peu devinent toutefois le gouffre du danger, car l'histoire « profane » de l'Arcane XV serait fausse, et l'objectif véritable viserait la destruction du royaume d'Agartha et l'annihilation des Nephilim Agarthiens.
Le véritable repaire du Diable n'est pas une cave ou une forêt, mais un royaume immatériel au-delà du temps et de l'espace, comme un Akasha secret. Là se dresse une tour sans fin ni commencement perdu dans des ténèbres impénétrables, accessible à quelques serviteurs, et la tour n'est pas qu'un refuge, car elle constitue une arme et un réservoir d'énergie magique destiné à nourrir une attaque sans précédent sur l'Agartha et les royaumes qui s'y rattachent.
En poussant les Adoptés à cultiver leur dégénérescence et à rêver la fusion élémentaire, l'Arcane les prépare au sacrifice qui nourrit l'Antémonde, axe magique de la tour. Aucun Adopté, pas même les Luxifer, ne sait ce qui l'attend au-delà, car on leur promet un « ailleurs » meilleur, alors que seuls les habitants de la Tour connaissent la vérité, et le sacrifice forcé correspond rarement aux aspirations secrètes des élus.
Le Prince laisse chaque Luxifer suivre ses penchants, tant que le sabbat prépare les Nephilim au passage dans l'autre monde où leur transformation s'achève. Le moment est choisi par le Prince ou ses lieutenants, et alors les portes menant à la tour d'E-Temen-An-Ki, appelée Ziggourat, s'ouvrent pour les « élus », qui ne reverront généralement jamais le monde physique.
Par un processus décrit plus loin, leur essence vient nourrir l'Antémonde, générateur destiné à déchirer la fabrique magique du monde et à ouvrir un passage vers les royaumes réputés inaccessibles des Agarthiens. Une fois ces royaumes réduits en poussière et les Agarthiens annihilés, le Prince pense que les autres Nephilim ne pourront plus s'opposer à lui, et il élargira les passages vers la Terre, y déversera ses armées et imposera un empire indestructible sur le monde des mortels.
Ce plan, aussi démesuré soit-il, repose sur un travail de plusieurs millénaires, des dizaines et des dizaines de siècles où d'innombrables Adoptés se sont « sacrifiés » pour alimenter l'Antémonde. À l'approche de l'Apocalypse, le Prince pourrait décider d'agir avant d'avoir atteint la charge voulue, et nul ne sait combien de temps le sépare de son objectif, un an, un siècle ou un millénaire, car dans le secret de son ziggourat il fourbit ses armes. L'offensive à venir apportera peut-être aux Nephilim les réponses qu'ils ont refusé de chercher.
La Lame violée
Shaïtan, Prince de l'Arcane, possède la Lame originelle gravée par Akhenaton au terme de la quinzième quête, objet inestimable du mythe Nephilim. Elle fonde l'Arcane sur le plan matériel, mais surtout elle porte le message symbolique du pharaon libérateur, preuve que l'Agartha est possible et que le chemin reste ouvert. Dans toute l'Histoire Nephilim, on ne connaît pas de Lame détruite, ce qui rend plus terrifiant encore ce que Shaïtan accomplit dans le secret de sa résidence.
Shaïtan est le seul Prince qui méprise la Lame dont il est dépositaire et nourrit une haine contre ce qu'elle signifie. Il a commencé à débiter la tablette, la découpant en fragments qu'il emploie dans des rituels impies impossibles autrement, ou qu'il confie à des sabbats, comme celui de la Rose Bleue, pour récompenser, afficher sa grandeur, ou alimenter des rites extrêmement gourmands en carburant magique.
Il entama ce geste voilà deux siècles, fragment après fragment, mais sa folie l'a poussé à accélérer comme une toxicomanie, toujours plus de morceaux pour un même effet. La Lame a déjà perdu une part de sa charge, et au désir de profiter d'une manne sacrée succède une rage de destruction, une jouissance d'anéantir l'œuvre d'Akhenaton, presque une mission furieuse que Shaïtan s'impose.
Un problème plus vaste surgit alors, car si les tablettes d'Akhenaton garantissent que l'Agartha est possible et incarnent le Sentier d'Or, la destruction progressive de l'Arcane XV ne risque-t-elle pas de fermer un chemin et d'effacer un aspect de l'Agartha. Personne ne peut prévoir les conséquences de cette détérioration, fermeture des portes d'illumination ou blessure durable de l'ordre cosmique.
À moins que le dévoiement infligé par Shaïtan ne révèle que la destruction était inscrite dans la Lame elle-même, comme si le pharaon l'avait prévue. Alors, avec l'Apocalypse marquant la fin du premier cycle des Arcanes, l'ordre occulte pourrait se recomposer dans la brutalité, combats entre Lames, disparition de certaines, inversion de sens, comme si le Tarot devait être rebattu.
Le pire est que les grands mages et les élites immortelles ne travaillent pas sur ce péril, faute d'en être avertis, alors que tous les Nephilim sur le Sentier d'Or sont concernés. Les indices restent dispersés, fragments dans des collections privées et des sabbats, attirance magique qu'ils exercent, et deux morceaux identifiés par hasard. L'un fut saisi par les Assassins et caché dans le paradis intérieur d'Alamut, le temps d'en percer le secret, l'autre fut offert par un fameux Selenim, le Maître Vorshaarkaar, à l'un des mignons Nephilim de son royaume en gage d'alliance, mais les Mystères d'Hécate poursuivent déjà ce bénéficiaire.
Les pouvoirs de la pierre restent obscurs, mais elle apporte une substance aux sortilèges, Nephilim ou non, comme une réserve de Ka d'une concentration inimaginable. Plus encore, la tablette, message d'Akhenaton, est vue comme un portail vers l'Agartha, un objet de contemplation qui ouvre le regard du Prince vers les royaumes secrets des Agarthiens et lui prescrit un gouvernement initiatique pour guider ses Adoptés. Briser cette porte et la disperser pourrait offrir des bribes de vision, dénaturées, à des êtres qui n'y avaient pas vocation, déclenchant messages prophétiques et illuminations insanes, et les Mystères semblent parmi les rares capables d'en tirer un usage cohérent et dangereusement efficace.
L'Enfer : Nemeth et l'Antémonde
Le royaume spirituel de l'Arcane XV ressemble à un anti-Akasha, dont les règles physiques s'opposeraient à celles des domaines subtils des Fils des Éthers. On pourrait le rapprocher des royaumes des Selenim, mais Temen-An-Ki échappe à toute classification, et temps, espace et matière y deviennent fluctuants. Ce qui suit ne traduit qu'une portion immédiate de cette anti-réalité chaotique, Nemeth, que l'on pourrait appeler l'anti-anti-monde.
En apparence, Nemeth est une tour, perdue dans un océan de nuages noirâtres, parfois gazeux, parfois liquides, parfois solides, où planent d'immenses vautours aux ailes minérales. L'édifice, sculpté dans une roche noire réputée vivante, dresse une spirale d'arcades titanesques qui évoque la Babel peinte par Bruegel, et E-Temen-An-Ki signifie d'ailleurs Babel chez les Babyloniens, inspirés par les songes que la tour leur « envoyait ». Elle n'obéit pas à la gravité terrestre, n'a ni envers ni endroit, et celui qui gravirait ses escaliers cyclopéens reviendrait sur le même chemin, comme prisonnier d'un ruban de Moebius. Dans ces conditions, parler d'étages et de hauteurs n'est qu'une simplification.
Le Prince de l'Arcane siège dans un étage invisible accessible à quelques privilégiés, relié à ses serviteurs par des capteurs magiques. Son trône conscient l'unit au monde extérieur et absorbe ses émotions, qui se matérialisent sur sa peau en cloques dont le liquide, soigneusement recueilli, est versé dans l'Antémonde pour l'infuser d'énergie. Les portes reliant la tour à notre monde, dont seuls les Saltimbanques connaissent les accès, aboutissent à un gigantesque hémicycle face au trône, où les visions du monde physique s'animent selon le bon plaisir du Prince, provoquant chez les acteurs terrestres, inconscients, de violentes crises de cauchemar. Nul autre que lui ne connaît le mot qui ouvre ces portes.
Les accès extérieurs de Nemeth ressemblent le plus souvent à des ponts sinistres sans piliers, et une arche spectrale gardée par des soldats en armure annonce l'entrée dans le domaine du diable. Dès lors, la déchéance commence, et la société de la tour se divise en cinq classes liées à des fonctions distinctes.
Les Fantassins
Les Fantassins sont les soldats du Diable et les gardes de Nemeth, ceux qui déferleront un jour dans les royaumes agarthiens des Nephilim. Ils surveillent les entrées et protègent le Prince, et sont les premières créatures que verront les Adoptés quittant la Terre, même si la plupart demeurent inactifs pour l'instant. Leur armure médiévale ne contient rien de charnel, seulement un esprit en mouvement, et ils ne se dévoilent jamais, ne se disloquant que si l'armure de roche noire vivante est détruite, roche nourrie d'âmes concassées qui hurle au contact de l'organique. Il est probable que seule l'orichalque puisse l'endommager, et les Fantassins, sans intelligence ni conscience, sont programmés par les Artificiers, porteurs d'armes animés par la volonté universelle de l'Antémonde.
Les Géniteurs
Les Géniteurs sont les techniciens de Nemeth, semblables à des robots, mais intelligents et dotés d'une âme. Ils possèdent quatre bras fixés à un axe central, surmonté d'une capsule liquide où flotte un artéfact vivant, et ils se déplacent en lévitant à environ un mètre du sol. Leur cœur et conscience, prisonnier de la capsule, prend la forme d'un atome grossi des millions de fois, et l'électron unique qui tourne émet des vibrations proches d'un langage, comme si parole, cerveau et membres préhensiles suffisaient à leur œuvre.
Ils guident d'abord les nouveaux arrivants vers les désincorporateurs qui achèvent la dissolution. Dans cette machine techno magique de tubes aspirants et de pistons grossiers, l'Adopté perd toute consistance, dans des souffrances pires que celles d'un Nephilim dont le pentacle est détruit. À la sortie, il n'est plus qu'esprit, mais pas encore en pureté élémentaire, et reçoit une enveloppe charnelle immuable, humanoïde, immatérielle mais visible, avant d'être lâché dans des labyrinthes obscurs occupant des étages entiers, dont l'unique issue est l'Antémonde.
Ces labyrinthes purifient l'Adopté avant la dissolution, et ils sont peuplés d'effets Dragon mutants qui absorbent tout ce qui n'est pas le Ka-élément principal, résidus de Ka-éléments et reliquats de conscience attachés au monde matériel. Une fois la pureté atteinte, le corps artificiel s'approche de la colonne centrale brûlante et s'y fait aspirer, son Ka-élément rejoignant celui de milliers de prédécesseurs. Certains Adoptés, dans une proportion inconnue, seraient épargnés si leur Ka-élément dominant est puissant, et remis aux Artificiers pour devenir des Géniteurs. Seuls le Prince et quelques serviteurs doivent conserver une intégrité physique, tandis que les autres se fondent dans l'Antémonde en une conscience unique, pure énergie élémentaire dont les Artificiers feront les armes et les fantassins de demain.
Les Artificiers
Les Artificiers sont architectes, ingénieurs, armuriers et bâtisseurs, ceux qui édifièrent en des temps immémoriaux la tour d'E-Temen-An-Ki pour satisfaire le Prince. Ils entretiennent les ponts d'accès, veillent sur l'Antémonde et recyclent son énergie pour forger des armes et fabriquer les Fantassins, tandis que leurs laboratoires volants sillonnent le mince espace séparant labyrinthes et colonne centrale. Les légions de Fantassins, construits à la chaîne, demeurent empilées et désactivées dans des étages obscurs, silencieuses, en attente de l'assaut final.
La force des armées du Diable tient aux armes perfectionnées depuis des milliers d'années, dont les perforateurs capables d'ouvrir des brèches dans la fabrique spatio temporelle que les humains nomment réalité. Les Artificiers ont aussi conçu des artéfacts destinés à les rendre décisifs contre les royaumes agarthiens, notamment des disperseurs censés perturber la circulation des champs magiques des pentacles et provoquer leur dissociation. D'autres dispositifs évoquant fusils et canons concentrent une énergie formée de Ka-éléments surconcentrés ou de Ka-Soleil perverti pour fixer ou détruire les Ka-éléments ennemis.
Les armes sont stockées dans d'immenses arsenaux et testées en conditions dites réelles par des Saltimbanques, qui reviennent ensuite rapporter leurs observations. Toute arme jugée dépassée est détruite sans pitié et rejetée dans l'Antémonde, dont l'explosion libère l'énergie emmagasinée, évitant tout gaspillage.
Les Consciences
Les Consciences constituent la mémoire de Nemeth, et leurs bibliothèques occupent des étages entiers, où des coffrets hermétiques conservent les connaissances accumulées depuis des milliers d'années. Les douze Consciences, aussi anciennes que la tour, ne sont que des extensions physiques du Prince, et leur cerveau semi organique ne peut contenir qu'un volume limité d'informations. Lorsqu'un cerveau est plein, souvent rapidement grâce aux apports des Saltimbanques, il est remplacé, et l'ancien cerveau est rangé dans un coffret puis archivé.
Un capteur magique lié au numéro de série du cerveau est greffé sur le crâne de la Conscience afin de maintenir un contact indirect. Un second capteur est fixé au trône du Prince, qui demeure ainsi relié à l'ensemble des informations de ses extensions et en reste l'unique dépositaire global, car tout renseignement acquis reste sa propriété.
Les Saltimbanques (ou Mephistos)
Les Saltimbanques sont les véritables initiés de l'Arcane, les seuls Nephilim, bien que Khaïba, à connaître Nemeth et le Diable en personne. Agents de liaison et informateurs du Prince, ils passent l'essentiel de leur temps dans le monde physique, et sont rarement Luxifer, même si cela existe. On les décrit comme des émissaires de l'ombre, silhouettes imprévisibles, dépositaires de secrets et de pouvoirs inquiétants.
Le Prince les autorise même à se faire passer pour lui lorsqu'il refuse de venir sur Terre. Les Luxifer qui ignorent les secrets de l'Arcane les craignent et les révèrent comme des divinités, car eux seuls, avec leur maître, connaissent l'emplacement des portes menant à Nemeth et les dispositifs d'ouverture. Ils sélectionnent les Adoptés jugés prêts à franchir le passage et à offrir leur existence élémentaire au tourbillon de l'Antémonde.
Espions et informateurs, ils suivent aussi la guerre terrestre entre le Diable et les autres Arcanes, et s'aventurent parfois jusque dans les refuges akashiques ennemis pour en ramener des observations. Ils transmettent ensuite ces données aux Consciences, qui relaient à travers eux la volonté du Prince, assignant de nouvelles missions.
Ils savent modifier l'apparence de leur simulacre pour masquer un Khaïba devenu monstrueux, et ils auraient même dépassé ce stade en le sublimant. Sous l'influence des brumes de Nemeth, leur Ka-élément dominant aurait muté, se séparant en cinq branches imitant les cinq éléments, mais ils seraient en réalité faits d'un seul élément unique qu'ils apprennent à modeler. Le Prince voit en eux les Nephilim d'un monde futur qu'il compte imposer après la défaite des Agarthiens.
Dans Nemeth même, les Mephistos disposent d'observatoires gigantesques, télescopes aux lentilles opaques et instruments incompréhensibles reliés par des câbles de pierre vivante au brasier de l'Antémonde. Ces appareils sondent l'obscurité des Plans Subtils, mesurent la distance magique et l'épaisseur de protection séparant Nemeth des royaumes agarthiens. Lorsque cette distance sera assez faible, ou si le Prince le décide, les perforateurs des Artificiers agiront, et les portes entre royaumes magiques et enfer de l'Arcane XV éclateront.
Figures
Orhm (sabbat du Soleil de Shaïtan)
Le sabbat du Soleil de Shaïtan est mené par un Khaïba principal, Orhm, personnage clé de ce culte nocturne et figure centrale de son fatalisme, dont la présence aimante les humains autant qu'elle terrifie.
Il demeure ordinairement dans un bois retiré, comme s'il ne supportait plus le monde ordinaire, et n'en sort que pour ordonner les croisées de routes et les rites de nouvelle lune qui fondent l'identité du sabbat.
Orhm tolère mal la contradiction et façonne ses fidèles par la fascination, l'effroi et l'oubli, jusqu'à faire du carrefour un théâtre où la soumission devient acte volontaire et piège.
| Orhm, Khaiba principal du Soleil de Shaïtan Point de règle · 2nde édition | |
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Simulacre : Nul. Sexe : Masculin. Âge : Inconnu. Ka : 40 — Terre 40, Lune 32, Feu 24, Air 16, Eau 08. Caractéristiques : Force 12, Constitution 16, Dextérité 8, Intelligence 12, Perception 15, Charisme 5. Métamorphose : Oreilles découpées 3 ; Ongles démesurés 12 ; Peau moisie 9 ; Jambes arquées 8 ; Odorat surnaturel 8. Niveau social : — ; Opportunité : — ; Éducation : 9 ; Culture XXème siècle : 12. Sciences occultes : Basse Magie 90, Haute Magie 70, Sceaux 90, Œuvre au Noir 70. Compétences : Bagarre 30 %, Esquive 50 %, Humanités 50 %, Mythes & Légendes 90 %, Psychologie 80 %, Survie 60 %. Pentacle : Terre. Arcanes : Le Diable (XV). Histoire : Orhm est le Luxifer du Sabbat du Soleil de Shaïtan. | |
Remus Luxifer (banquets de Stavioli)
Remus se présente comme l'héritier du mythe fondateur de Rome, prétendant avoir vécu l'existence du frère de Romulus, et s'auto proclamant huitième et dernier roi, successeur de Tarquin le Fier dont le règne s'acheva en 510 avant J.-C. Il rêve de restaurer une grandeur romaine fantasmée, mais n'est plus qu'un spectre luttant jour après jour pour conserver une apparence physique, réduit à un souffle d'outre tombe que des esclaves doivent presque traduire en paroles.
Il hésite entre l'abandon final à sa déchéance, attiré par la Cité Éternelle que lui promet un visiteur et maître, et la poursuite de plaisirs et de pouvoir dans la villa Stavioli. Il se donne pour tâche d'entraîner ses sujets vers la dissolution, d'éteindre en eux la morale et les sentiments, et repousse son départ tant qu'il estime l'œuvre inachevée.
Remus affirme que la souffrance humaine seule maintient sa présence, et ses serviteurs hypnotisés se sacrifient comme s'ils servaient la mort elle-même, conviction qu'il entretient par silence. Il jouit des viols et tortures commis devant lui, et lors de fièvres soudaines, les restes de son simulacre, ancien Pyrim, semblent brûler d'un feu bestial, enflammant ses vêtements, tandis qu'un ricanement spectral glace les témoins lucides. Il jure alors qu'il vient de « voir » Rome et que bientôt le sabbat en contemplera les splendeurs.
| Remus, Luxifer du Sabbat des Banquets de Stavioli Point de règle · 2nde édition | |
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Simulacre : Remus, roi spectral. Sexe : Masculin. Âge : Inconnu. Ka : 34 — Terre 27, Lune 14, Feu 34, Eau 7, Air 20. Caractéristiques : Force 16, Constitution 14, Dextérité 6, Intelligence 15, Perception 14, Charisme 6. Métamorphose : Yeux écarlates 3 ; Mains brûlées 4 ; Fièvre 13 ; Odeur carbonisée 7 ; Peau parcheminée 7. Niveau social : 16 ; Opportunité : 48 % ; Éducation : 17 ; Culture XXème siècle : 10. Sciences occultes : Basse Magie 90, Haute Magie 70 %, Sceaux 90 %, Pentacles 70 %, Œuvre au Noir 80 %. Compétences : Architecture 40 %, Histoire 80 %, Mythes & Légendes 63 %, Commandement 50 %, Intimidation 70 %, Psychologie 60 %. Pentacle : Feu. Arcanes : Le Diable (XV). Histoire : Luxifer du Sabbat de Stavioli. | |
Janos Kek (sabbat de la Rose Bleue)
Autour de Kek, on rencontre des Khaïba dont l'intelligence vive contraste violemment avec une dégénérescence physique exacerbée. Ses comparses, chairs putrides et membres tordus, gueules de reptiles et bruits humides, évoquent une véritable assemblée de démons.
Parmi eux se distingue Samauël, sourire goguenard et face froide, ancien Satyre désormais glabre, odeur rance, qui s'impose dans les conversations comme une présence malsaine. Avide d'informations et de profits, il fait chanter ses interlocuteurs pour obtenir ce qu'il veut, et laisse l'impression d'une rencontre dangereuse.
On remarque aussi un personnage mystérieux qui demeure dans l'ombre, redingote noire, chemise blanche, sacoche de cuir serrée au corps, cigarette fumée lentement, observant les scènes les plus sordides avec lassitude. Il reste debout dans un coin ou allongé dans une alcôve, visage dissimulé ou brouillé par une lumière incertaine, et Kek ne lui accorde aucune attention comme si sa présence allait de soi. Aucun invité n'ose briser le silence, et l'inconnu disparaît soudainement comme il est venu.
| Janos Kek, Efreet Khaiba, Luxifer du Sabbat de la Rose Bleue Point de règle · 2nde édition | |
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Simulacre : Janos Kek, collectionneur privé. Sexe : Masculin. Âge : 41 ans. Ka : 52 — Air 52, Eau 42, Feu 31, Lune 21, Terre 10. Caractéristiques : Force 10, Constitution 13, Dextérité 17, Intelligence 14, Perception 17, Charisme 15. Métamorphose : Visage bleu 10 ; Mains floues 10 ; Peau transparente 5 ; Odeur de vase 4 ; Cheveux d'algues 4. Niveau social : 18 ; Opportunité : 54 ; Éducation : 17 ; Culture XXème siècle : 12. Sciences occultes : Basse Magie 90, Haute Magie 90, Sceaux 90, Pentacles 90, Œuvre au Noir 90. Compétences : Armes de poing 30 %, Escrime 35 %, Droit 60 %, Histoire 54 %, Mythes & Légendes 70 %, Psychologie 80 %. Pentacle : Air. Arcanes : Le Diable (XV). Histoire : Luxifer du Sabbat de la Rose Bleue. | |
L'Oberfürhmeister Schwarzer (Wotan Club)
Au Wotan Club, la plupart des Nephilim cachent leurs difformités sous des déguisements, mais Schwarzer affiche sa dégénérescence avec fierté. Il mesure près de deux mètres cinquante, visage couturé de cicatrices, et fit retoucher ses uniformes SS par un tailleur sans scrupules. Il prétend avoir officié à Treblinka en 42-43 et avoir connu Hitler, et sa cruauté si manifeste a découragé toute vérification.
Dans sa folie, Schwarzer affirme qu'Hitler et Satan ne font qu'un, et se croit investi d'une mission sacrée. Pour lui, le paradis est une prison où les forts oppriment éternellement les faibles, et son « maître », sans doute lié au mystérieux expéditeur des pilules, entretient cette croyance en ne la démentant jamais. Brute sans pitié ni morale, il accomplit sa tâche avec un zèle meurtrier qui le rend redouté jusque par ses compagnons.
| Schwarzer, Oberfürhmeister Khaiba du Wotan Club Point de règle · 2nde édition | |
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Simulacre : Helmut Schwarz, propriétaire du Wotan Club. Sexe : Masculin. Âge : 45 ans. Ka : 60 — Terre 60, Feu 48, Lune 36, Eau 24, Air 12. Caractéristiques : Force 20, Constitution 20, Dextérité 10, Intelligence 6, Perception 10, Charisme 3. Métamorphose : Œil crevé 15 ; Mains boursouflées 15 ; Peau de pierre 9 ; Odeur de sang 8 ; Jambes lourdes 8. Niveau social : 13 ; Opportunité : 39 % ; Éducation : 2 ; Culture XXème siècle : 11. Sciences occultes : Basse Magie 90, Sceaux 90 %, Pentacles 40 %, Œuvre au Noir 60 %. Compétences : Armes d'épaule 70 %, Bagarre 90 %, Couteau 65 %, Mêlée 55 %, Intimidation 90 %, Interrogatoire 70 %. Pentacle : Terre. Arcanes : Le Diable (XV). Histoire : Oberfürhmeister et Luxifer du Wotan Club. | |
Le Prince Shaïtan
Shaïtan demeure un Prince dérangeant, trop étrange pour la fonction même qu'il incarne, et sa singularité laisse sentir qu'il y a, derrière la Lame, une déviation plus profonde que la simple folie d'un Khaïba.
L'Adversaire
Akhenaton créa les 22 Arcanes après ses quêtes ésotériques, puis il les confia à des Princes afin qu'ils guident les Nephilim. Shaïtan reçut la tablette du Diable et porta dès l'origine une charge qui aurait dû mener à l'Agartha, mais son chemin se tordit dans l'ombre.
Shaïtan quitta l'Égypte avec la tablette, entouré de Roms voués à sa personne, et fonda un premier refuge où l'Arcane XV prit une forme concrète, déjà teintée d'errance et de secret.
Les Roms du Diable devinrent des auxiliaires essentiels dans les recherches et les déplacements, ouvrant des routes et des caches, et consolidant autour de Shaïtan une communauté fidèle qui se vivait déjà comme un peuple à part.
Peu à peu, Shaïtan se laissa glisser vers la haine, persuadé qu'Akhenaton l'avait trompé ou condamné, et l'Adversaire qu'il devint se construisit contre l'idée même d'une délivrance vers l'Agartha.
Cette tendance, plus sombre, finit par l'emporter, car elle offrait une cohérence brutale et une efficacité que la voie première n'apportait plus, et Shaïtan transforma la Lame en instrument de rancœur.
Puisque Shaïtan fit diverger le sens de la Lame, on peut supposer qu'Akhenaton n'avait pas prévu un Prince pareil, ou qu'il avait, au contraire, laissé une faille volontaire pour éprouver la destinée des Arcanes.
Périodes d'incarnation :
- Le rêve d'Akhenaton (-1350) : Shaïtan reçoit la tablette du Diable des mains d'Akhenaton et part fonder le premier refuge de l'Arcane.
La naissance du Khaiba
Tout cela ne fut qu'un prélude, car Shaïtan, engagé dans une déchéance progressive, s'approcha d'une première rupture intérieure qui devait l'arracher à la voie attendue d'un Prince.
Une jeune fille apparaît au cœur de ce récit, réelle ou fantôme, errant peut-être dans les cauchemars de Shaïtan, et l'incertitude même nourrit l'idée d'un basculement.
L'innocence fut la perte du Diable, car les rêves lourds et capiteux de Shaïtan l'obsédèrent, et la pureté qu'il ne pouvait plus atteindre devint un poison.
Dans ce chagrin, Shaïtan rompit définitivement avec ce qu'il restait de son serment, ivre de colère, comme s'il choisissait consciemment l'Adversaire plutôt que le guide.
C'est alors que Shaïtan subit la première transformation Khaïba, et cette métamorphose scella une nouvelle nature qui allait contaminer toute l'Arcane XV.
La Convulsion
La Convulsion désigne le long retrait de Shaïtan hors du monde, un temps d'isolement où il se replia dans une nuit intérieure et prépara une nouvelle forme de règne.
À l'issue de cette période, Shaïtan institua un nouveau sabbat en reliant des groupes disparates, comme s'il recomposait son Arcane à partir d'une vision devenue étrangère à l'Agartha.
Il adopta enfin les traits et la posture qu'on lui connaît, non comme un masque, mais comme une proclamation de ce qu'il était devenu, un Prince qui assume le renversement.
Son mépris absolu de l'existence matérielle des humains tranche avec l'usage qu'il en fait, car il les traite comme des instruments ou des offrandes, sans leur accorder de valeur.
Quand il se déplace, il s'entoure de nains difformes, dont Diez, serviteur grotesque, comme si la procession elle-même devait rappeler la dérision et la cruauté de son monde.
Relations
Les autres Arcanes majeurs
Le Diable entretient des rapports exécrables avec la plupart des autres Lames, tant sa présence évoque une menace directe et une perversion de la voie des Princes.
Pour l'instant, la Tempérance demeure l'une des rares à tenter un geste, comme si elle cherchait encore à saisir un fil de rédemption, malgré la noirceur de l'Arcane XV.
Les Templiers
Le Bâton combat le Diable depuis longtemps dans ses formes exotériques, et les Templiers voient dans l'Arcane XV une abomination à éradiquer, surtout lorsque ses sabbats frôlent les secrets cathares et les lieux comme Montségur.
Les Mystères
L'Épée paraît n'entretenir aucun rapport visible avec le Diable, mais cette absence pourrait masquer des affrontements plus discrets. Les Mystères d'Hécate, notamment, poursuivent déjà les fragments de la Lame et les bénéficiaires imprudents.
Les Rose+Croix
Dans la mesure où Shaïtan envisage d'attaquer Agartha, les Rose+Croix prennent la menace au sérieux, car leur vision de la voie initiatique se heurte frontalement au projet d'annihilation des Agarthiens.
La Synarchie
Le Denier semble décidé à lutter contre le Diable, qui incarne pour la Synarchie une opposition radicale à l'ordre qu'elle prétend assurer, et l'affrontement pourrait devenir central à l'approche de l'Apocalypse.
Références dans les suppléments suivants
Livre de Base II, p.49
Figures, pp.29.33.38-41
Arcanes Majeurs, p.75
Assemblée du Seuil, p.26
Testament, pp.122-123
Mat (0), pp.24.26-27
Lune (18), p.32
Soleil (19), p.31
Chroniques de l'Apocalypse 2b, p.5
Exils, p.27
Impératrice (3), p.31
Ka, pp.67.83.102
Roue de Fortune (10), pp.6.30
Chroniques de l'Apocalypse 5a, pp.47.49
Mort (13), p.26
Selenim I, pp.Selenim.I.p52
Compagnon, pp.37.105.119.121.137.141
Arthuriades, pp.100.51
Livre de Base I, pp.47.98
Arcanes Majeurs NL, pp.93-96
Templiers NL, pp.137-138
Voir aussi les articles suivants
Années noires +1933/1945, Antéroi, Arcanes majeurs, Arthuriades +400, Attuku, Babylone, Belzebuth, Borgia, Cénacle, Croisades, Culte de Lilith, Dévoreur (Dragon), Enfant du Mat, E-Temen-An-Ki, Etendard tilfiridien, Fronde +1650, Héritiers d'E-Temen-An-Ki, Invasion silencieuse, Khaïba, Lion Vert, Marais de fens, Mazarin, Nemeth, Prague, Projet Mercure Rouge, Renaissance Italienne +1534, Révolte des douzes rois, Rodolphe II, Sabbat, Shaïtan, Thule Brudershaft, Tibère Ingbrus