Arcane XXI (quête ésotérique)

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Joueurs, ne lisez pas ce qui suit sous peine de lever le voile sur des mystères qui ne vous sont pas destinés…

La Quête de l'Arcane XXI est une quête ésotérique que certains Nephilim décident de suivre pour atteindre l'Agartha. Elle a été introduite en tant que mécanique de jeu à part entière dans la cinquième édition.

Article de quête à rédiger


Extrait Oméga XXI Tau

Voici les secrets et les mystères de l'Arcane XXI

– Sybyl, tu es de nouveau avec moi, assis dans ce jardin, jadis fabriqué par moi, propice à la méditation après ta très longue errance dans les mondes des Vélins et des palimpsestes. Rappelle-toi lorsque nous nous trouvions à l'orée du monde des Déchus, encore soumis aux marées dévastatrices de l'Orichalque. Aujourd'hui, tu dois me conter ta recherche de l'Agartha. Ta Sapience est maintenant comme l'eau fraîche de ta gourde après une longue marche dans le désert. Verse-moi en quelques gorgées pour que je puisse m'en délecter et en apprécier la saveur sans en découvrir l'amertume.

En effet, je t'ai guidé sans que tu le saches sur de nombreux sentiers. Je t'ai conforté ou bien au contraire inquiété. Tu es pour moi plus qu'un élève, tu es un frère de pentacle, un alchimiste accompli – ton Grand Œuvre progresse chaque jour – mais aussi un initié de la Papesse et lorsque tu te lanças dans la recherche d'Aggartha la ville sacrée, centre du mystérieux Arcane XXI, j'ai su que tu portais en toi la puissance et le devenir de l'Agarthien. Mon rôle est maintenant de choisir de t'ouvrir ou non les portes du royaume. Tu dois répondre à mes questions et à mes injonctions.

Parle-moi en premier lieu des reflets d'Aggartha.

– J'ai porté mon regard vers la mémoire des hommes, qui mieux que nos frères savent capter le merveilleux. J'ai scruté leurs contes et leurs légendes, émanations d'une réalité qui a dépassé leur raison, interprétations rassurantes de manifestations magiques inquiétantes. Et s'il n'a pas été donné aux humains de connaître la langue primordiale dont usent les Nephilim, le Don de Prométhée leur permet pourtant de donner une multitude de noms à un même principe. Ainsi en est-il d'Aggartha et de ses reflets.

Avant que les RC ne dévoilent le nom sacré de la Cité des Vertiges dans les manifestes de Christian Rosenkreutz, l'humanité a tâtonné dans l'obscurité de sa cécité magique à la recherche de l'identité de cette ville merveilleuse. Car depuis la chute d'Atlantide, un atavisme persistant n'a cessé de pousser les humains à désirer, dans le fond de leur conscience, un retour triomphal dans le domaine édénique où ils furent esclaves, afin d'en réclamer la souveraineté. Des bouffées de réminiscence de cette ère douce-amère, mêlant les souvenirs diffus de la servitude avilissante et du foisonnement des richesses perdues, inspirèrent selon les conjonctions des lieux et des époques les plus éveillés des porteurs de Ka-soleil. Ainsi vit-on surgir, en ces temps particuliers, des mythes fort denses dans lesquels l'initié ne peut manquer de reconnaître les atours magiques de la cité des cités.

Je n'abuserai pas de ta patience en énumérant les innombrables déclinaisons de la Cité des Vertiges. Autant de pâles reflets d'Aggartha qui n'ont pas résisté au temps et se sont délités dans les légendes humaines. Pourtant, à plusieurs reprises, nos frères ont été mêlés à cette fièvre ésotérique et se sont abandonnés au fol espoir de découvrir par la seule exploration le site de la Cité des Illuminés. Ainsi se souvient-on de l'expédition d'Alexandre le Grand et des Diadoques vers le royaume magique de Gandhâra, qui mena le Conquérant à sa perte. Et combien de nos frères sont-ils tombés lors de leur folle quête du Royaume d'Hyperborée ? Et que dire de ces fols qui s'enfoncèrent dans la jungle américaine à la recherche de l'El Dorado ? Les civilisations Perse, Chinoise, Mongole, Indienne, Arabe, Européenne, Juive, Africaine, Américaine ont chacune couvé un œuf en croyant délivrer la Cité des Vertiges de son autarcie, mais l'éclosion a toujours déçu les optimistes et conforté les cyniques. Et nombre de nos frères qui espéraient trouver salut et illumination au bout de leur exploration n'en sont revenus que plus amers et découragés.

– Mais, Sybyl, ce que tu me décris, ce ne sont que coquilles vides. Quelle force pouvait bien donner à ces mirages les atours de la crédibilité pour emporter les Nephilim dans la tourmente de quêtes illusoires et vaines ?

– Pourfendeur des illusions et des faussetés, puisse ta colère épargner ces pauvres hères qui n'ont pas ta clairvoyance. Car, à ma grande honte, il me faut avouer que nos frères n'ont guère fait preuve de lucidité en cette affaire. Mais lequel d'entre nous, éreinté de devoir toujours supporter ce simulacre pesant et malhabile qu'est l'homme, n'a pas été saisi de fièvre à la perspective de trouver enfin le chemin d'Aggartha ? Isolé dans ce monde balayé par les vents imprévisibles de l'histoire, qui n'a pas cru, un instant, un jour, un siècle, avoir trouvé le chemin que nul autre n'a trouvé, découvert la porte que nul autre n'a découvert ?

Lorsque le doute assaille l'Immortel, il se tourne vers ses frères en quête d'exemple. À défaut de pouvoir porter son regard assez loin pour rencontrer le tien, Amer d'Airain sur l'océan alchimique, il s'en remet à ses aînés plus accessibles, initiés des Arcanes Majeurs ou puissants indépendants. Or, lors de l'émergence de rumeurs concernant la localisation d'un reflet d'Aggartha, seuls les plus mûrs parmi les Déchus se sont sentis le courage d'entamer une quête aussi difficile que celle d'Aggartha, et ont entraîné, dans le sillage de leur espoir insensé, leurs cadets vers le mirage d'une illumination simple et rapide, comme peut l'être l'exploration d'une jungle pour qui désespérait de franchir les seuils stricts et rigoureux de la démarche magique.

Il n'en demeure pas moins que pour tromper la sagacité des aînés, les reflets d'Aggartha devaient se parer de vraisemblance ésotérique. Dans la plupart des cas, lorsque j'ai obtenu assez de confiance de nos frères pour qu'ils témoignent de leur expérience malheureuse malgré la douleur qui l'accompagnait, ne se trouvait au bout du chemin qu'un simple Akasha nourri par les rêves des humains qui avaient entretenu les rumeurs. Le désir des différents quêteurs Nephilim et humains avait bâti une réalité magique dans les champs élémentaires, qui avait entretenu, jusqu'à l'épuisement, la flamme de leur espérance. Mais d'Aggartha, point. Et les Déchus, déçus de courir après leurs propres fantasmes de Cité fabuleuse, prirent toute la mesure de ce mot juste de Gérard Labrunie, connu parmi les hommes sous le nom de Gérard de Nerval : « Les illusions tombent, l'une après l'autre, comme les écorces d'un fruit, et le fruit, c'est l'expérience. Sa saveur est amère. »

– Mais à présent que tu m'as dévoilé l'ampleur de l'échec de la quête d'Aggartha, dis-moi, Sybyl, que j'avais marqué du sceau inaltérable de mon autorité, ce que les Princes que tu as pu rencontrer ont pu t'apprendre au sujet de cette quête difficile et la manière dont ils ont guidé leurs brebis.

– Les Princes n'ont pas tous répondu à mes demandes pressantes de les rencontrer, malgré votre sceau. Et encore ceux qui ont accepté m'ont-ils fait jurer de garder le silence sur leur identité. Bien que je ne doute pas que votre œil perçant ne vienne rapidement à bout de tous mes efforts pour vous dissimuler leurs noms, je sais que vous ne me ferez pas manquer directement ou indirectement à ma parole. Les précautions dont les Princes se sont entourés pour me rencontrer ont de toute manière altéré leur identification.

– Parle sans crainte, ne me dis rien qui pourrait nuire à la belle intégrité que j'apprécie en toi, mais ne me dissimule rien du reste, de ces paroles que les Princes n'ont pas osé assumer devant celui que je leur envoyais.

– Les Princes sont profondément troublés par leurs réflexions concernant Aggartha. De nombreux Adoptés et Initiés de leur Famille ont eu vent des échecs tragiques des quêteurs perdus du Monde et s'inquiètent de savoir si Aggartha est encore accessible avant que les conflits de l'apocalypse n'éclatent, ou s'il faudra mériter sur le champ d'honneur ésotérique sa place dans le Walhalla des Déchus Illuminés.

Or, les Princes sont gênés par la stagnation de leurs plus dévoués Grands Initiés, et j'oserais même dire, sans idée quelconque de blasphémer, qu'ils sont gênés par leur propre stagnation. J'ai deviné qu'il leur était de plus en plus insupportable de ne toujours pas avoir atteint l'Illumination, et cette contrariété amenuise grandement leur charisme. Certains m'ont avoué à demi-mot passer de longs jours à méditer sur leur Lame, afin de trouver, dans leur message primordial, le sens qui leur a échappé et qui les prive d'une félicité toute méritée à leur sens.

Pourtant, leur sagesse qui est immense n'est pas désarmée pour aborder le sujet d'Aggartha. Mais contrairement aux quêteurs nombreux qui en ont poursuivi les reflets, les Princes sont principalement intrigués par la figure même d'Akhénaton. Ils devinent que sa 22e quête explique les mystères d'Aggartha. Mais ils craignent les ombres qui entourent cette dernière quête, comme si elles cachaient d'insupportables révélations que le Pharaon Hérétique aurait délibérément choisi de taire. Ces ombres recouvrent même le rôle de l'Arcane XXI au sein des Arcanes Majeurs.

Même l'Arcane XIII est connu, malgré les barrières culturelles et physiques qui séparent Nephilim et Selenim. L'existence même de l'Arcane XXI n'est pas prouvée. Seuls les Roms héritiers du fardeau des Lames l'assurèrent. Mais le Stellaire correspondant à l'Arcane XXI n'a jamais été reconnu chez aucun Nephilim. Nul Déchu qui affirma avoir été adopté par le Monde ne put mystifier longtemps ni les Roms, ni les enquêteurs de l'Arcane VIII. Nul ne revendiqua jamais sérieusement ses actions au nom de l'Arcane XXI. Enfin, nul ne connaît la Voie Mystique que doit suivre le prétendant à l'Adoption par l'Arcane, nul ne sait la teneur exacte de la dernière quête d'Akhénaton…

– Les choses existent souvent avant que quiconque les découvre, ainsi de l'alchimie, que les sots font remonter à l'An Mil, alors qu'elle m'a côtoyé dès le premier instant. Les Princes auraient-ils perdu la sagesse qui donne à l'initié le troisième œil, dont le regard est tourné vers le monde occulte ?

– La sagesse des Princes sait trouver des preuves ésotériques de la réalité du Monde. En vertu de l'Équilibre intrinsèque aux quêtes d'Akhénaton, qui veut que les Lames se répondent deux par deux autour de l'Arcane XI central, le message supposé de l'Arcane XXI s'oppose à celui du Mat : il s'agit donc de ne délivrer le Contenu ésotérique du Monde qu'à de très rares privilégiés triés parmi les rares élus, de conserver jalousement le Secret et non de le répandre, de le maintenir en l'état originel et non de l'interpréter à l'infini. À cela s'ajoute l'interprétation du sens de l'Arcane qui conduit à supposer que seuls les Agarthiens ont accès à la Lame. Rien d'étonnant, donc, à ce que nul Nephilim, malvoyant et impur dans son simulacre pesant, ne puisse accéder à ses mystères. Enfin, le principe ésotérique lié ordinairement au Monde est celui précisément de gouverner secrètement le monde.

Ainsi, non seulement la Lame « inconnue » conserve une valeur ésotérique importante, voire même prédominante sur toutes les autres puisque de ses acteurs dépend le destin du monde ésotérique tout entier, qui conditionne la vie et la réussite des autres Arcanes Majeurs, mais le silence et l'extrême discrétion qui l'entourent s'expliquent de manière satisfaisante.

Les Princes savent donc répondre à leur Famille, de sorte que la grande majorité des Nephilim, s'estimant indignes des très hautes destinées supposées du Monde, préfèrent se tenir à l'écart de cet Arcane qui gouverne rien moins que le monde ésotérique, et ne point perturber sa mission essentielle.

Mais s'il m'est permis de m'ouvrir au Seigneur de la Chrysopée, d'une vérité blessante qui ébranle la confiance que je pouvais éprouver à l'égard des Arcanes Majeurs, je dirai ceci : les Princes sont vexés. Ils ne comprennent pas pourquoi, après avoir fidèlement suivi les principes de l'Arcane à eux confié par Akhénaton et les Roms, les portes de la Cité des Vertiges leur sont toujours closes. Ils s'estiment dignes de gouverner le Monde et s'impatientent, en leur for intérieur, d'en demeurer écartés.

– Sybyl, sage Déchu, te voilà le plus loquace lorsque le sujet te semble plus épineux et tu libères ta parole qui emboîte joliment le pas de ta pensée. Mais déjà ton timbre te trahit, et je suis triste de deviner que tu redoutes de tout me dévoiler. Allons, infatigable chercheur de la vérité, livre ici les secrets que tu as découverts. Nul être qui me fût honnête n'eut jamais à redouter plus qu'une juste colère, surtout concernant le sujet des doctrines du tarot.

– Puisque j'ai porté longtemps par le monde le fardeau de ta confiance, Lion Vert, qui m'a autant ouvert des portes qu'elle m'en a fermées d'autres, que ta colère s'abatte sur moi si j'ai fauté. Mais en cette fin d'une ère qui voit mourir son crépuscule dans la crainte de l'aube qui s'annonce, je refuse de demeurer l'esclave de la chape de plomb que nos frères, désireux de conserver la trompeuse quiétude apparente après les rudes conflits contre les Arcanes Mineurs, ont déposé sur les intrigues qu'il m'a été donné de découvrir.

Je ne peux taire les regards soupçonneux des plus grands Initiés des Arcanes Majeurs, leurs manœuvres discrètes pour me décourager de rencontrer les Princes, et parfois même, pour me congédier purement et simplement. Et je dois témoigner de leur volonté de me tenir à l'écart de la voix des Princes, de se substituer à ceux qu'ils devraient servir. Ils tentèrent de me répondre en m'assurant qu'ils étaient la Voix de leur Prince pour tout ce qui touchait à des questions aussi philosophiques que l'existence d'Aggartha et de son gouvernement invisible du Monde ésotérique.

Bien qu'ils l'aient tous nié vigoureusement, je soupçonne la plupart des hauts initiés des Arcanes Majeurs d'avoir tenté, par le passé, de trouver Aggartha. Là où les Princes que j'avais rencontrés avaient eu la sagesse de s'en tenir à leur rôle si lourd de Prince d'une Famille, ils s'étaient lancés secrètement dans l'aventure et en avaient ramené les mêmes désillusions que les quêteurs perdus. Ils n'avaient guère trouvé que l'ambition dévorante d'occuper les premières places dans la hiérarchie ésotérique de leur Famille bien tangible, plutôt que de rechercher vainement la participation au gouvernement du Monde. Ils avaient forgé une doctrine ésotérique basée sur leur expérience et leur compréhension de leur Arcane pour obtenir cette respectabilité que les Adoptés accordent à ceux d'entre eux qui semblent maîtriser des secrets auxquels eux-mêmes n'entendent rien !

– Que ces Hauts Initiés aient compris des parcelles de la vérité d'Aggartha et leur attitude, qui ressemble fort à de la tromperie ésotérique, n'aura pas été vaine. Mais que ces dignitaires, auxquels sont confiées tant de responsabilités dans l'éducation arcanique des Adoptés, se soient fourvoyés dans leur interprétation des voies d'Aggartha, et ce sont des familles entières qu'ils auront éloignées de la vérité de la Cité des Vertiges.

– Il ne m'est pas donné à moi, humble Sybyl, de distinguer sans erreur ni doute le faux et le vrai dans ce que j'ai entendu des doctrines agarthiennes des dignitaires arcaniques. Derrière les mots prononcés par les plus puissants de nos frères, j'ai reconnu sept doctrines qui réunissent les vingt et une familles.

La Voie de la Conquête

La Voie de la Conquête est le nom que je donnerais à la doctrine adoptée dans les Arcanes de la Force, du Pape et de l'Empereur.

Ceux-là estiment que la Cité des Vertiges existe bel et bien, mais à l'état de projet magique, comme un Akasha produit par le désir des Nephilim, composé de l'ensemble des vœux des Déchus pour une cité magique, composée d'un ensemble tout d'équilibre entre les cinq Ka-éléments. À l'heure de l'Apocalypse, ils espèrent que les plus vaillants des combattants ésotériques auront mérité le droit de se lancer à la conquête d'Aggartha, où qu'elle décide d'apparaître, pour forcer ses portes et affronter les défenseurs qui en ont assuré la garde depuis que le premier Déchu a rêvé d'elle. Alors, seulement, ils croient que le plus méritant d'entre eux verra son nom Énochéen gravé dans le trône du Monde, et y prendra place pour régner avec les fidèles qui auront pu le suivre, sur ce qu'il restera du Monde ésotérique.

La Voie de l'Errance Éternelle

La Voie de l'Errance Éternelle est celle qui accorde les Arcanes de l'Étoile, de la Roue de Fortune et de l'Ermite.

Pour ceux-là, Aggartha existe également. Elle flotte dans les champs magiques, au-delà du regard des Déchus, au-dessus de leur compréhension. Ils ne peuvent que la deviner par le halo persistant qu'elle diffuse dans les champs magiques, sur l'horizon mouvant des courants de Ka. Mais ils ont renoncé à essayer de l'atteindre. Ils pensent qu'elle est réservée à la seule jouissance des Agarthiens et qu'il est donc inutile d'espérer y trouver sa place sans avoir atteint l'Illumination. Ils y voient donc un Astre ésotérique, à la lumière bienveillante et lointaine, qui les guide sur les flots de leur histoire mystique, vers lequel on peut se diriger éternellement sans jamais réellement s'en approcher.

La Voie du Trône d'Or

La Voie du Trône d'Or reflète l'ensemble des opinions diffuses des Arcanes du Pendu, du Bateleur, du Chariot et de l'Amoureux au sujet du Monde.

Les dignitaires ne se sentent généralement que bien peu concernés par la question d'Aggartha. Non qu'ils la croient inaccessible, mais ils estiment que le trône du Monde ne leur est point destiné. Le Roi du Monde, dont l'immense majorité estime qu'il n'est qu'une figure symbolique servant la représentation de l'Arcane XXI dans le Tarot des Roms, est pour eux à venir. Ils sont persuadés qu'il naîtra parmi les porteurs de Ka-soleil, Pharaon de l'Apocalypse, et prendra place sur le trône qu'Akhénaton a bâti à son attention lors de sa dernière quête. Ils œuvrent donc pour favoriser cette naissance, ou cette initiation d'un humain déjà né, espérant qu'alors le Roi du Monde trouvera naturellement le chemin d'Aggartha et qu'il les y conduira pour gouverner le Monde.

Ces trois voies ont ceci en commun qu'elles acceptent volontiers l'existence de l'Arcane XXI et de la Cité des Vertiges, mais elles placent les Déchus en dehors du Monde, au moins tant que l'Apocalypse n'a pas déchaîné ses foudres. Les Nephilim qui les suivent pensent atteindre l'Illumination par le respect scrupuleux de la doctrine métaphysique de leur Arcane, avant de songer à rechercher Aggartha.

– Ils sont nombreux, ceux-là qui distinguent l'Agartha et la cité d'Aggartha, faute de pouvoir comprendre le lien indissoluble qui les rend si intimement complémentaires ! Je sens au ton de ta voix que tu n'adhères à aucune de ces visions. Auras-tu été convaincu par l'une des quatre voies que tu n'as encore abordées ?

– Hélas, bienveillant protecteur de ma quête, je crains bien d'avoir commencé par les doctrines les plus sages, ou du moins les plus mesurées ! Car on ne saurait en dire autant de la Voie Hédoniste que suivent les Arcanes du Mat, du Jugement et le sinistre Diable.

La Voie Hédoniste

Les plus hardis adhérents de cette voie impie osent nier purement et simplement l'existence de l'Arcane XXI, les autres se retranchent dans une dialectique du doute qu'ils n'ont le front de mener à son terme, mais qui porte en elle tout le froid mépris qu'ils éprouvent à l'égard de ce qu'ils considèrent comme une croyance avilissante. Pour eux, Aggartha n'est qu'une coquille vide, un leurre jeté en pâture aux crédules pour maintenir les Déchus dans une léthargie ésotérique encadrée par les 21 voies arcaniques.

Il est bien difficile de poursuivre longtemps sur ce sujet avec les dignitaires ralliés à cette doctrine, mais je suis arrivé à faire dire à l'un d'eux ce qu'il croyait être une raison suffisante pour justifier une telle mystification de la part d'Akhénaton. Il me répondit que le Pharaon Hérétique chercha, par le mythe du Monde et de sa 22e quête, prévenir à jamais tout nouveau risque de guerres fratricides, en unissant les Nephilim dans une quête commune. Que la vraie quête ne consistait pas à se perdre en vaines recherches du contenu d'une coquille vide, mais en l'affirmation de son propre pentacle, dans toutes ses richesses, dans tous ses travers et toutes ses qualités, dans le fait d'assumer son être en entier, pour sublimer son soi en soi par soi.

La Voie du Sceau Transcendant

Pour dangereuse que soit cette voie sulfureuse, je dois admettre que je peux comprendre les mécanismes qui ont conduit les dignitaires à l'emprunter, en examinant la cinquième doctrine, dite du Sceau Transcendant. Les fidèles de cette voie justifient tous leurs actes en invoquant les impératifs dictés par le Monde lui-même. Ils s'estiment les yeux, la bouche, la main du gouvernement du Monde parmi les Déchus. Au nom de cette transcendance, ils agissent sur la base de leur seul jugement, pourvu qu'il demeure cohérent avec l'historique des actions de l'Arcane. La Justice, bien entendu, mais également la Maison-Dieu et l'Impératrice sont de ceux-là, et rien sur terre ne saurait les détourner des buts qu'ils se sont fixés, si ce n'est une improbable intervention de l'Arcane XXI lui-même ! Aggartha et le Monde sont pour eux un alibi pour justifier leur omnipotence affichée.

La Voie de l'Orgueil Immanent

Enfin, que dire de ces Initiés et Dignitaires des Arcanes du Soleil, de la Tempérance et de la Papesse, qui n'ont tout simplement pas jugé utile de s'entretenir avec moi de ces questions ? Il leur semblait tout simplement saugrenu que je me pose ce genre de questions, et ce que j'avais de prime abord pris pour une certaine pudeur vis-à-vis d'un sujet si intimement lié à leur quête mystique se révéla être en fait un orgueil démesuré. Car ceux-là se prenaient tout bonnement pour les membres secrets du Monde. Ils avaient la puissance, l'expérience, presque l'Illumination, et Aggartha ne semblait être qu'un lieu à choisir par eux pour installer leur gouvernement du Monde, lorsqu'ils daigneraient enfin s'intéresser aux destinées de leurs frères ! Cette doctrine de l'Orgueil Immanent m'a le plus profondément blessé, car j'attendais plus de mesure de la part de ceux de ma famille. Mais n'aurais-je pas dû me douter que la Papesse, ayant l'un des rares Princes agarthiens avérés à sa tête, finirait par s'enivrer du succès de son guide ? (source : Les Arcanes Majeurs NL, pp.128-134)



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